II – Le caractère particulier de la génération


(Daniel Cohn-Bendit en mai 1968 à Paris)


Rav Kook, ‘Maamar Hador’ (II)

Du calme, mes pensées ! Ne cédez pas à la stupeur, le soleil de la justice est là qui resplendit. Et même, il apportera la guérison dans ses ailes, il effacera les larmes de tous les visages et l’allégresse remplira tous les cœurs, remplaçant la morosité. 

Notre génération est une génération extraordinaire, une génération en tout point étonnante. Il est très difficile d’en trouver un exemple dans toute notre histoire. Elle est composée de toutes sortes de contraires ; l’obscurité et la lumière y œuvrent pêle-mêle. Elle est basse et vile, mais aussi haute et noble ; elle est entièrement coupable, mais aussi entièrement innocente. Nous devons bien comprendre son caractère véritable pour pouvoir nous porter à son secours. 

Nous voyons qu’en tout temps et à toute époque, une génération perverse présente des déviations qui se propagent de tous côtés dans la sphère morale. Une génération qui oublie Dieu est aussi une génération indocile et rebelle, gloutonne et ivrogne. Depuis toujours, quand Israël délaissait le Roc de sa force, il y avait d’un côté : “Ceux qui immolaient l’homme et rendaient hommage aux veaux”, “Ils se se sont accolés aux idoles”, “Ils ont oublié Dieu leur Sauveur”, et de l’autre : “La débauche, le vin et le moût emportaient le cœur”, “Venait un voleur, et toute une bande razziait au dehors” ; ici : “Des femmes faisaient larmoyer le Tamouz”, et là : “Tout frère cherchait à tromper, et tout ami allait calomnier”. 

Cette tendance se retrouve tout au long de notre l’histoire, y compris pendant l’exil, mais notre génération, elle, fait exception : elle est rebelle, elle est sauvage, mais elle est également haute et noble. Exceptons les individus grossiers, qui se servent de l’esprit de révolte comme d’un masque, pour perpétrer en son nom des forfaits de volerie, de violence, et tous les actes les plus vils ; il se trouve que d’un côté “l’effronterie s’élève”, “le fils n’est pas intimidé par son père (…), les jeunes outragent les vieux”, et de l’autre côté les sentiments de bonté, de droiture, de justice et de compassion augmentent et se renforcent, alors que l’esprit scientifique et l’idéalisme font une bond vers le haut. 

Une grande partie de la jeune génération ne respecte plus rien de ce à quoi elle a été habituée. Non pas que son âme se soit enténébrée, non pas qu’elle soit tombée en-dessous de la limite que la loi et la justice lui imposent selon l’opinion la plus courante, mais au contraire parce qu’elle s’est élevée au point que la manière dont elle s’était habituée jusqu’à présent à regarder la loi et la justice, la tradition et la foi en général, tout ce qui est pur et saint, toute grande vérité éternelle et divine sous forme conceptuelle[, lui fait penser] – faute de s’être investie dans l’étude des fondements du sentiment et de la connaissance dans le domaine de la Thora – que “l’or a été terni, le métal précieux a été altéré”… au point que tout cela lui semble très au-dessous de sa propre valeur. 

Elle a grandi et s’est élevée d’un seul coup. Les malheurs l’ont dégrossie, ils l’ont lavée, ils l’ont dotée d’un cœur renouvelé, d’un esprit réfléchi, novateur et de haute volée, si bien qu’elle ne pourra jamais plus s’en tenir à la médiocrité. Son esprit lui a donné des ailes. Elle s’élève vers les hauteurs, mais là on ne lui a pas encore donné ce qu’elle désire ; [elle s’élève] plus haut que la Jérusalem d’en-bas, la ruinée, la dévastée, l’abaissée jusqu’au fond de la tombe, mais à la Jérusalem d’en-haut elle ne peut accéder, car “le Saint-Béni-Soit-Il n’entre pas dans la Jérusalem d’en-haut sans être d’abord entré dans la Jérusalem d’en-bas”. “Sanctuaire du Roi, ville royale, relève-toi, sors de tes ruines, tu es restée trop longtemps dans la vallée des pleurs, (…) réveille-toi, réveille-toi, car ta lumière est venue, lève-toi, et éclaire ! Éveille-toi, éveille-toi, entonne un chant, la gloire de l’Éternel s’est révélée sur toi !”.

Allons, frayons-lui le chemin, montrons-lui le passage vers la ville pour qu’elle puisse en trouver l’entrée, faisons-lui savoir qu’elle ne trouvera ce qu’elle cherche que dans la sphère d’Israël ! “Je le saisis et ne le lâchai point, jusqu’à l’avoir emmené dans la maison de ma mère, dans la chambre de celle qui me conçut” ; “Je te conduirai et je t’emmènerai vers la maison de ma mère, celle qui m’instruit, je te ferai boire du vin parfumé, du jus de mes grenades”. Ne la dépossédons pas [cette génération] de toute la lumière et la bonté, de toute la splendeur et la force qu’elle acquises ; ajoutons davantage à toutes ces valeurs, éclairons-les de lumière de vie, de la lumière de vérité qui prend sa source dans l’âme d’Israël. Alors nos fils tourneront leurs regards vers elle, et ils afflueront.


TEXTE COMMENTÉ : suivre les liens :

1. La génération des contraires

2. L’idéalisme.

3. Le caractère de la Génération.

4. Le mouvement général de la pensée.

5. L’étude de la ‘émouna’ – le remède de la génération

6. Les grands désirs et leur réalisation

7. La nécessité des étapes

8. La voie des épreuves.

9. Traduire la ‘émouna’ dans la langue de la génération.

10. “Aligne ton désir sur le Sien”