2. Les secrets de la Thora et la terre d’Israël


(La Méditerranée à Netanya)


Rav Kook, Orot I.2 :

À cause de la méconnaissance des secrets, la notion de la sainteté de la terre d’Israël prend une forme confuse. Par l’effet de l’aliénation à la science divine secrète, les aptitudes les plus précieuses, celles de la dimension divine de la vie, deviennent des caractères secondaires qui n’entrent pas dans la fonction profonde de l’âme. Alors vient à manquer le ressort le plus puissant de l’âme de la nation et de l’individu, et l’exil devient plaisant pour lui-même ! Car pour celui qui ne saisit que le domaine superficiel de la Thora, il n’y aura aucun manque fondamental à la privation de la terre, de la souveraineté, de tous les instruments de la construction nationale. Le principe fondamental de l’attente de la Délivrance sera pour lui comme un rameau latéral, sans lien avec la conscience profonde du judaïsme. 

Ceci montre l’inintelligence d’une telle approche dépourvue de sève. Nous ne récusons aucune conception ou compréhension fondée sur la droiture, sur un sentiment sincère et sur la crainte du Ciel, quelle qu’en soit la forme. Nous récusons seulement ce qui, dans une telle approche, tend à dénier les secrets de la Thora et leur influence déterminante sur l’esprit de la nation. Car cela, ce serait un désastre contre lequel nous avons le devoir de nous battre, de manière avisée et pertinente, dans le dévouement à Dieu et avec courage.


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Comment est-il possible que certains des plus grands maîtres de la Thora ne comprennent pas ce qu’est la terre d’Israël ? Pourtant, tous les livres du Pentateuque, des Prophètes et des Hagiographes sont remplis de versets qui en parlent /40 !

À cause de la méconnaissance des secrets [de la Thora], la notion de la sainteté de la terre d’Israël prend une forme confuseCes idées confuses ne voient dans la terre d’Israël qu’un moyen /41. En effet, d’un point de vue rationnel, il semblerait que ce ne soit finalement qu’une terre, des ‘territoires’, et qu’il n’y ait donc aucune différence entre le fait d’habiter en terre d’Israël ou en Amérique, puisque :

En tout lieu où Je rappellerai mon Nom, Je viendrai vers toi et Je te bénirai”.   [Exode 20, 21]

Alors, “qu’est-ce que cela nous fait de donner aux Arabes des parts de la terre d’Israël, d’une manière ou d’une autre ?!”…

Mais en vérité, la terre d’Israël [est une notion qui] relève des secrets, et pour la comprendre il faut donc se référer aux secrets de la Thora /43.

Par l’effet de l’aliénation à la science divine secrète, non seulement parce qu’on n’étudie pas les secrets de la Thora, mais parce qu’on va même jusqu’à penser qu’ils ne servent à rien, les aptitudes les plus précieuses, celles de la dimension divine de la vie, deviennent des caractères secondaires – la plupart des gens s’égarent en pensant que c’est seulement la pratique des mitsvot qui importe le plus, et que la foi éclairée, la proximité de Dieu, la possibilité de donner à la vie de ce monde sa dimension divine grâce à la Thora et à la crainte du Ciel, tout cela n’est qu’accessoire et secondaire – qui n’entrent pas dans la fonction profonde de l’âme. Alors vient à manquer le ressort le plus puissant de l’âme de la nation et de l’individu, et l’exil devient plaisant pour lui-même. Le problème n’est plus l’exil, mais le fait que le peuple d’Israël s’est amouraché de l’exil /44 !

Car pour celui qui ne saisit que le domaine superficiel de la Thora, qui ne considère que la ‘face visible’ de la terre d’Israël, qui n’y voit qu’un élément extérieur à la nation, qu’un moyen d’assurer son existence physique ou spirituelle, et qui ne peut donc pas comprendre la valeur en soi de la terre, il n’y aura aucun manque fondamental à la privation de la terre, de la souveraineté – qui lui paraîtront des à-côtés complètement marginaux /45 – de tous les instruments de la construction nationale /46.

Le principe fondamental de l’attente de la Délivrance sera pour lui, pour l’homme qui se contente du côté superficiel, comme un rameau latéral – ‘épisodique’. Pourtant, il attend la Délivrance parce qu’il est ‘craignant Dieu’, mais finalement cette attente n’est pas ce qui remplit tous les moments de sa vie /48 – sans lien avec la conscience profonde du judaïsme. Cet homme, qui ne s’intéresse pas aux secrets de la Thora, pense qu’on peut être un bon Juif irréprochable sans attendre la Délivrance. Il ne comprend pas que tant que le peuple d’Israël ne vit pas comme une nation sur sa terre, tout lui manque. Il ne voit pas que l’exil est le tombeau où la nation d’Israël se décompose, et que la vermine nous ronge au point de ne laisser de nous qu’une ‘pelletée d’os en décomposition’ [Gaon de Vilna, à la fin du Sifra Detsniouta]. Ceci montre l’inintelligence d’une telle approche dépourvue de sève. Pour celui qui n’étudie pas ses secrets, la Thora se dessèche /49, et la mitsva de la terre d’Israël devient accessoire et marginale /50 .

Nous ne récusons aucune conception ou compréhension fondée sur la droiture, sur un sentiment sincère et sur la crainte du Ciel, quelle qu’en soit la forme. Nous n’avons rien contre les Sages qui ne s’occupent pas de l’intériorité de la Thora /51, car c’est un fait que nombreux sont les érudits qui n’ont pas étudié les secrets de la Thora. Nous récusons seulement ce qui, dans une telle approche, tend à dénier les secrets et leur influence déterminante sur l’esprit de la nation. On a le droit de pratiquer un judaïsme simple, des communautés entières ont le droit de suivre un courant dépourvu de profondeur, mais en aucun cas on ne doit dénier les secrets de la Thora /52. Car cela, lorsque les Sages dénient l’intériorité de la Thora et en font une simplification superficielle, ce serait un désastre contre lequel nous avons le devoir de nous battre. Toutefois le combat ne doit pas être dirigé contre ces courants eux-mêmes, mais seulement contre la dénégation qu’ils portent avec eux, contre “ce qui, dans telle approche, tend à dénier les secrets”. Le combat ne doit pas être mené de manière violente et injurieuse, mais de manière avisée et pertinente, dans le dévouement à Dieu et avec courage.