Annexe : Le sionisme vient des profondeurs de la Thora


(par le Rav Chlomo Aviner)

SOMMAIRE :

1. Quelques questions.

2. Bilan de l’État d’Israël.

3. L’éveil de la Délivrance a lieu hors de la conscience.

4. Le retour à Sion est motivé par un désir profond. 

5. Religieux ou laïc, le sionisme a les mêmes racines.

6. Le cas de Theodor Herzl.

7. Le mouvement sioniste doit assumer son lien avec la Thora.

8. Ranimer la flamme intérieure.


DÉVELOPPEMENT :

1. Quelques questions.

Q : Mais la réalité ne ressemble pas à ce que le Rav écrit ! – R : Bien sûr ce n’est pas évident, sinon il n’y aurait pas besoin d’Orot, il suffirait de lire le journal ! Ce livre des ‘Lumières’ nous apprend justement ce qui est sous-jacent à l’apparence de la réalité ; il nous apprend qu’à un niveau caché et inconscient, l’élan intérieur qui pousse la nation à revenir à Sion n’est autre que le désir de vivre la vie de la Thora dans sa totalité.

Q : Mais ce n’est pas comme cela que parlent les sionistes ! – R : De toute façon il n’est pas question ici de ce qu’ils disent ni de ce qu’ils expriment, car sinon, comme nous l’avons dit, il suffirait de lire le journal ! On parle ici de ce qui se trouve “au fond du cœur, dans les chambres de sa pureté et de sa sainteté”.

Q : L’État d’Israël n’est-il pas un état de renégats ? “Nous ne croyons pas au régime des sionistes, et nous ne tenons pas compte de leurs lois ». – R : C’est faux, c’est un état de croyants ! Où l’étude de la Thora est-elle aussi développée et florissante qu’en Terre d’Israël, remplie de yéchivot et de séminaires ? Ces ‘renégats’ ne sont pas des renégats en vérité, ils ne savent pas eux-mêmes d’où vient tout cela, ni ce qu’est ‘l’inconscient collectif de la nation. Pour accéder à l’inconscient de l’homme, il faut connaître ses rêves. Et quels sont les rêves de la nation d’Israël ? – “Chant des degrés : quand l’Éternel ramena les captifs de Sion, nous étions comme des rêveurs” [Psaumes 126, 1]. Voilà quels sont nos rêves ! Un jour, le Président des États-Unis George Bush déclara : “Cessez de rêver du ‘Grand Israël’” ! Deux Talmidé Hakhamim lui répondirent : “Jusqu’à présent nous savions que les Américains voulaient nous dire ce que nous devons faire, mais jamais encore ils ne nous avaient dit ce que nous devons rêver… Nous devons donc vous faire savoir que nous continuerons de rêver, car bien avant la naissance de l’Amérique nous rêvions déjà du retour à Sion, et nos rêves se réaliseront un jour, alors que l’Amérique n’existera plus…” [Béahava Ouvéémouna, Simhat Thora 5767].

2. Bilan de l’État d’Israël

Dans les premiers jours de la guerre de Yom Kippour un élève de la yéchiva de Merkaz Harav revint du front, brisé et démoralisé, pour voir le Rav Tsvi Yéhouda, et il lui rendit compte dans un grand désespoir des évènements très durs qu’il avait vus de ses yeux. Notre maître l’écouta avec une grande attention, assis sur son siège dans une position exprimant l’énergie et la puissance. A la fin il ne dit que deux mots : « Nous avançons ».

D’une manière générale et sur le long terme, malgré les difficultés, les écueils et les crises, nous avançons dans tous les domaines :

Dans la Thora. L’exil est un danger mortel, non seulement un danger physique, mais aussi un danger spirituel. Des rabbins se sont opposés à l’aliya de Russie au siècle dernier, parce que ce pays était plein de Talmidé Hakhamim et d’étudiants de Thora, alors que la Terre d’Israël en était démunie. Et qu’en est-il aujourd’hui ? Là-bas il n’y a presque plus rien, c’est une situation catastrophique. Et ici, le pays est rempli de Thora, de yéchivot, de séminaires, d’étude de Thora dans toute la nation. Bien sûr il y a encore beaucoup à faire, mais nous avançons !

La Terre d’Israël. Un ami à la barbe blanche m’a dit : “Quand mon arrière-grand-père est né, il y avait en Terre d’Israël 30 000 habitants juifs ; mon grand-père, 80 000 ; mon père, 200 000 ; moi, 600 000 ; mon fils 2 000 000 ; mon petit-fils, 5 000 000 ; et dire que certains prétendent que la situation se dégrade !…”. Nous nous renforçons au contraire, par le rassemblement des exilés et la construction du pays. Grâce à Dieu nous avons un état remarquable. Nous n’en parlons guère, mais dans le monde entier l’État d’Israël est un sujet d’admiration grâce à son dynamisme permanent. Certains nous aiment, d’autres nous détestent, mais tous reconnaissent notre valeur, comme l’écrit notre maître le Rav Kook : “Au-delà des nombreux défauts que nous constatons dans la conduite de notre génération en général, et en Israël en particulier, nous ne pouvons qu’avoir le sentiment de renaître ; partis du niveau le plus bas, nous sommes en train d’être reformés, cette fois encore, comme aux jours d’autrefois” [Orot, p. 77, § 26].

L’armée. On rapporte qu’un père, profondément marqué par la période de la Shoah, monta en Israël après la création de l’État et dit à son fils : “Là-bas, ce sont eux qui avaient les armes, et ils nous ont assassinés. Ici, un Juif revêtu d’un uniforme tient une arme… les jours du Messie sont arrivés !” – Certes, le Messie n’est pas encore là, et nous l’attendons chaque jour. Mais nous sommes dans la période de préparation au Messie, et comme l’écrit la Guemara, les guerres sont aussi le commencement de la Délivrance [Méguila 17b]. Il y a autour de nous 300 millions d’Arabes soutenus par de très nombreux pays, et notre armée brillante et courageuse nous protège. Son nom lui fait honneur : ‘Tsahal’‘Armée de Défense d’Israël’. Quel dévouement admirable chez nos soldats ! Et si quelqu’un objecte : “N’y a-t-il pas aussi du dévouement dans les armées de l’ennemi ?” – bien sûr, même chez les nazis il y avait du dévouement, mais la question est de savoir dans quel but ! Est-ce un dévouement au service du mal ? ou comme dans notre armée, un dévouement pour le peuple d’Israël, la Terre d’Israël,  et pour une plus grande sanctification du Nom de l’Éternel ? − L’amour d’Israël ? Oui, l’armée est tout entière amour d’Israël, et si un Juif se trouve en danger, un million de Juifs viendront à son secours. La vie de tous les jours elle aussi est marquée par cette fraternité. Même s’il y a encore beaucoup à améliorer (…), réjouissons-nous de ce qui existe déjà.

Les dirigeants. Opter pour l’exil dans une situation de danger physique et spirituel est un manque de responsabilité de la part des dirigeants. Il faut dire : – montons ! – construisons ! – édifions notre état ! – mettons sur pied notre armée ! – créons des yéchivot ! Voilà les options d’une direction responsable. On dit parfois : “Nous n’avons pas de véritables dirigeants, ni spirituels ni politiques !”. C’est peut-être vrai, mais quand on voit nos réalisations étonnantes des cent dernières années, et particulièrement depuis la création de l’État, cela semble montrer qu’au moins nous savons travailler ! (…) Plutôt que de vouloir améliorer les autres, il faut s’améliorer soi-même, et cela exercera automatiquement une bonne influence sur les autres. Il faut garder à l’esprit que ceux qui respectent la Thora mais qui médisent sur les autres, manquent de droiture et éloignent les gens de Dieu, alors que ceux qui se gardent de la médisance et se conduisent avec droiture les rapprochent de Dieu [Yoma 86a]. Notre travail est donc là, dans les qualités morales : améliorer nos qualités ! Il faut savoir que la notion de ‘sionisme laïc’ n’a pas d’existence réelle : il n’y a qu’un seul sionisme. Il découle du désir profond de ressusciter la vie d’Israël entière, qui ne peut exister dans sa plénitude qu’en Terre d’Israël, dans un état d’Israël sous souveraineté israélienne.

3. L’éveil de la Délivrance a lieu hors de la conscience.

Le Rav Kook explique plus loin, dans ‘les Lumières de la Résurrection’ : “Le caractère de cette Délivrance qui vient à nous, et dont nous ressentons les premiers pas, est [présent] dans l’intériorité de l’âme d’Israël. Certes, la Délivrance vient à s’exprimer par des événements extérieurs, comme une agriculture florissante, l’établissement d’un état, la fondation d’une armée, et d’autres, mais elle a lieu avant tout dans l’intériorité du peuple d’Israël. C’est là, au plus profond de la nation d’Israël, que le bouleversement commence. “La nation se développe dans toutes ses potentialités, elle agrandit son esprit, sa nature et sa personnalité, mais elle ne reconnaît pas encore la profondeur de l’être supérieur qui constitue toute la base de sa renaissance”. Elle ne sait pas encore ce qui est l’intérieur, ce qui est l’énergie, ce qui est le carburant, ce qui est le moteur qui anime toute cette renaissance. “Ses yeux sont tournés vers la terre”, la nation est encore matérialiste, “elle ne regarde pas encore vers le ciel, elle n’est pas encore vraiment ‘revenue vers son premier époux’” [Hochéa 2, 9], elle n’est pas encore revenue vers le Saint-Béni-Soit-Il.

“Elle construit sa vie avec les forces présentes aux racines de son âme, mais sans les nommer, et sans avoir d’objectif bien défini. Tout – tout ce qui est dans l’Etat en vérité – est lumière et gloire divine, mais ni elle – la nation – ni le monde ne le reconnaissent distinctement. Le Nom de Dieu n’est pas usuel dans sa bouche, elle est en recherche de vaillance et d’héroïsme, alors qu’en vérité, tout est saint et divin. C’est seulement quand le projet sera finalisé, quand la nation sera montée au faîte de sa situation, que la lumière divine adviendra, et qu’elle sera appelée par le Nom explicite pour être dévoilée”. En attendant, ce n’est pas le ‘Nom explicite’, mais le temps viendra où tout sera appelé ‘par le Nom explicite’ : “Il sera dévoilé et il sera perçu que tout ce qui a éclairé, et tout ce qui éclairera, tout ce qui vit et tout ce qui vivra en elle – la nation –, tout est lumière du Maître du monde, du Dieu d’Israël : ‘et voici son nom tel qu’on le nommera : l’Éternel est notre Droit’ [Jérémie 23, 6] ; ‘et le nom de la ville sera désormais : l’Éternel est là-bas’ [Ézéchiel 48, 35].

Cette situation de Délivrance est un fondement de la vision des secrets : l’Assemblée d’Israël ne reprendra sa place dans le futur que si le Saint-Béni-Soit-Il et toute son armée viennent à elle et la relèvent de la poussière, en un grand honneur. ‘Heureux l’œil qui a vu tout cela, et à ce qu’entendra l’oreille, l’espoir réjouira notre âme’ [d’après la prière de Moussaf de Yom Kippour]. Et le temps qui va de ces dévoilements particuliers focalisés sur l’Assemblée d’Israël jusqu’à l’apparition de la lumière de la gloire d’Israël, qui révélera que le Nom de l’Éternel est appelé sur elle, est le temps des ‘souffrances [annonciatrices] du Messie’…” [Orot Hatehiya § 32].      (…)

4. Le retour à Sion est motivé par un désir profond. 

En l’année 5673 [1913], alors qu’il avait 22 ans, notre maître le Rav Tsvi Yéhouda écrivit ses deux premiers articles : ‘La Culture d’Israël’ et ‘À l’Ordre du Jour’. Dans ce dernier il écrit :

“Ainsi sont les chemins du monde : les lumières viennent de l’obscurité, les progrès de la vie et ses plaisirs viennent de ses nécessités et de ses misères, et notre monde à nous, ‘peuple du monde’, en particulier… sous la pression de notre souffle de vie intérieur – le souffle divin qui est en nous, cette segoula intérieure d’Israël, la flamme qui brûle dans notre âme – qui sera amené à se dévoiler aussi sous l’effet de certains facteurs extérieurs. Notre vie va selon son chemin, et ses réalisations se concrétisent, s’élargissent et se consolident aussi en passant par toutes sortes de détours, et c’est à partir de ce qu’elle est, et ensemble avec elle, que se développe et s’élève la conscience purifiée et éclairée… Voilà le phénomène qui se produit actuellement sous nos yeux dans notre mouvement de renaissance”, ce mouvement de renaissance jaillit de l’esprit divin qui est en nous.

[Cependant, on objectera :] “le sionisme et le nouveau nationalisme eux aussi, l’essentiel de leur dévoilement n’est-il pas venu de l’extérieur, sous la pression de différents facteurs extérieurs liés à notre situation en exil ?” – les pogroms, la misère et les persécutions abominables. “Les marques profondes des malheurs de l’exil, mais aussi ses élargissements et ses émancipations, ne sont-ce pas eux aussi qui nous ont amené ‘Drichat Tzion (‘A la Recherche de Sion’, le livre de la renaissance planifiée écrit par le Rav Tsvi Kalischer, consacré au peuplement de la Terre d’Israël par le rassemblement des exilés  dans la perspective de la Délivrance) ? – le mouvement ‘Netzah Israël’ [‘Éternité d’Israël’] association d’élèves de la grande et sainte yéchiva de Volojine pour le réveil national dans la même perspective ? – le mouvement ‘Bilou’ (initiales de ‘Beit Yaakov Lekhou Venelkha’, association d’élèves de la jeunesse juive scientifique et laïque de Russie, pour le réveil national dans la même perspective) ? -et leurs mouvements dérivés ? – le nationalisme de ‘Hachahar’ [‘l’Aube’] revue littéraire où la pensée nationale commence de s’exprimer, et ses engendrements ? – ‘l’Autoémancipation’, revue d’opinion faisant appel au réveil identitaire et à l’indépendance nationale ? ‘l’État Juif’ (manifeste-programme du sionisme politique de Theodor Herzl), avec sa notion de ‘refuge sécuritaire’ à la base du sionisme politique ?”.

“Quel homme aux yeux ouverts, regardant se développer maintenant notre vie florissante en Terre d’Israël, l’essor économique général de notre peuple et le réveil de la conscience nationale (qui stimule l’esprit et multiplie les actions dans tous les aspects de la vie, saints ou profanes, et qui s’étend et s’accomplit dans tous les groupements et les dispersions), ne verrait pas et ne saurait pas que la valeur du sionisme, et de ce nationalisme, ne dépend pas du nombre et de la qualité de ses membres qui cotisent à la taxe officielle du ‘shekel’, ni de ses effectifs officiels, (car il ne s’agit pas d’un ‘mouvement’ ou d’un ‘courant’ au sens habituel, c’est-à-dire un groupe organisé plus ou moins nombreux qui ne représente que lui-même) ? …Et ne comprendrait pas, et ne reconnaîtrait pas là la grandeur de l’œuvre historique divine, de ‘Celui qui appelle les générations depuis l’origine, l’Éternel Dieu d’Israël’ [Isaïe 41, 4] ?! 

“Car ceci est assurément la grande et imposante résurrection, le mouvement de renaissance, de rétablissement et de réveil du peuple d’Israël, et son retour à la vigueur de sa jeunesse, à ses jours anciens… La source de ce grand mouvement de la nation d’Israël se trouve, comme on l’a compris, au sein même de la nation, tout au fond de son intériorité, dans ses nerfs, dans ses organes et dans ses artères vitales, dans sa collectivité et dans chacun de ses individus . Il est clair qu’il ne prend pas sa source dans des raisons négatives, dans la recherche d’un ‘abri sûr’ qui offrirait une protection légale contre l’antisémitisme et les pressions extérieures (voir :‘Malheur du Judaïsme et Malheur des Juifs’), mais dans le libre et profond désir de la nation de vivre sa vie et de renaître à elle-même, elle qui “se languit de son bien-aimé” [Cantique des Cantiques 8, 5], qui se languit de sa maison, de son patrimoine et de sa terre, pas seulement pour s’y cacher de l’oppresseur, ni pour y fuir les attaques physiques ou spirituelles, mais dans le désir positif et authentique de revenir au pays de sa vie, à son Dieu, à sa personnalité propre, de vivre librement sa vie pure et saine, sa vie à elle, sa vie divine…” [Lenetivot Israël (I) p. 12]. Il faut par conséquent bien ouvrir les yeux pour faire la distinction entre la cause externe et la cause interne.

5. Religieux ou laïc, le sionisme a les mêmes racines.

Il y a les diviseurs qui disent : “nous, nous sommes sionistes religieux, et vous, vous êtes sionistes laïcs”, et il y a même ceux qui vont plus loin et qui disent : “jusqu’à présent nous étions vos amis, à vous les sionistes laïcs, mais après ce que vous nous avez fait au Gouch Katif et à ‘Amona, c’est fini avec vous, nous ne sommes plus vos amis”… Mais jusque là, le ‘sionisme laïc’ s’était-il comporté honorablement ? N’y avait-il rien à dire ? Et les profanations de Chabbat, et la destruction de la famille, et la catastrophe de l’éducation, et la consommation de viandes interdites ?! Tant que le ‘sionisme laïc’ ne vous a pas touchés, tout allait bien, mais quand il vous a dérangés, vous avez cessé de lui décerner un certificat de bonne conduite…

En réalité, toute cette division n’a aucun sens. Le terme de ‘sionisme laïc’ ne correspond à rien, car le sionisme dans son ensemble jaillit de la flamme intérieure à l’âme d’Israël (…). Qu’on en ait conscience ou non, le sionisme est de nature divine et non laïque. Le sionisme est Thora, dès son éveil il provient de la source de la sainteté. Apprenons ce que dit le Rav Kook : “Dans l’entièreté de toute la nation, tout désir de liberté et toute envie de vivre, toute envie de vivre de la collectivité ou de l’individu, tout espoir de délivrance, ne prennent naissance que de cette fontaine de vie”. Que veut-il dire par “cette fontaine” ? – “un feu saint… dans le cœur de toute la nation… brûle d’année en année : ‘un feu perpétuel brûlera sur l’autel, il ne cessera jamais’ [Lévitique 6, 6]”. C’est pourquoi tout le réveil national est orienté “afin de vivre la vie d’Israël pleinement, sans dissimulation ni restriction” [Orot, la Terre d’Israël 8].

En effet, de même que l’individu a un inconscient qui oriente ses actes à son insu, de même la nation a un inconscient collectif qui l’influence à son insu, et il est clair que l’inconscient enfoui dans la profondeur de la nation d’Israël n’est autre que la Présence divine. Il faut lire l’article ‘À l’Ordre du Jour’, que notre maître le Rav Tsvi Yéhouda écrivit en 5673 [1913]. Il y explique comment le Maître du monde, Maître de toutes les causes, mit en place le mouvement sioniste par différents chemins : “‘viens des quatre vents, ô Esprit…’ [Ézéchiel 37, 9] – notre vie avance selon son chemin… aussi par différents détours” [‘Lenétivot Israël’ I, p. 12], mais tout provient de “la lumière de l’âme intérieure” [ibid]. (…)

Par conséquent, et une fois pour toutes, il n’y a ni ‘sionisme laïc’ ni ‘sionisme religieux’, mais un seul sionisme, issu de la sainteté suprême résidant à l’intérieur de la nation. De manière générale et une fois pour toutes, il n’y a pas ici de religieux ni de laïcs, mais un seul peuple, un peuple saint, peuple de Dieu, peuple aimé, peuple qui se lève vers sa résurrection, peuple dont, malgré tous ses défauts, il est dit : “Tu es parfaitement belle, ma compagne, tu n’as aucun défaut” [Cantiques des Cantiques 4, 7], un peuple dont l’Éternel se glorifie.

6. Le cas de Theodor Herzl.

Le mensonge qui accrédite cette division entre ‘sionisme laïc’ et ‘sionisme religieux’, est ignoré des laïcs parce qu’ils ignorent la réalité de la flamme intérieure, et il est ignoré des harédim parce qu’ils ignorent la réalité de la résurrection. D’une manière générale, il y a une alliance objective entre les harédim et les hilonim pour prétendre que l’État d’Israël est un état d’athées, et que le sionisme d‘Herzl est un ‘sionisme laïc’… Toute parole d’Herzl teintée de sainteté profonde est aussitôt effacée, escamotée et démentie.

Mais en réalité Herzl était empli d’une passion profonde. Il écrit dans son journal :

“Notre nation n’est une nation que par sa foi” [Journal (I) p. 57], et notre maître le Rav Tsvi Yéhouda écrit à ce sujet que “celui qui pense, qui parle et qui écrit ainsi est un homme de foi, et non un hérétique” – Lenetivot Israël, 2e édition, p. 123 ‘Léhatsdik Tsadikim’] ; 

“Nous ne connaissons notre identité historique que par la foi de nos pères” [ibid. p. 149] ;

“Je travaille l’idée… Non, c’est l’idée qui me travaille ! Cette idée serait démente si elle n’était pas si exacte de A jusqu’à Z. Dans le langage ancien, on appelait ce genre de situaion ‘imprégnation de la Présence Divine’ [ibid. p. 93] ;

“Il s’étonne que mon cœur soit tellement enflammé pour ‘notre cause’. Il ne mesure pas à quel degré mon cœur s’enflamme. Certes, ce n’était pas comme cela auparavant, mon judaïsme était loin de moi, disons qu’il était mis au-dessous du seuil de ma conscience. Mais alors que l’antisémitisme pousse les Juifs faibles et opportunistes, ceux dont le cœur s’est ramolli, à se tourner vers le christianisme, chez moi ces pressions ont puissamment renforcé mon judaïsme. Cela n’a aucun rapport avec la dévotion. Avec tout le respect que j’éprouve pour la foi de mes pères, je ne fais pas partie des gens pieux et orthodoxes, et je ne le serai jamais. Mais je n’ai aucune intention de faire quoi que ce soit contre la religion, au contraire, et la preuve en est que je souhaite aller avec les rabbins, avec tous les rabbins” [ibid. p. 106]. 

Dans son livre Altneuland, il écrit :

“Friedrich posa sa main sur la tête du jeune homme : ‘que le Dieu de nos pères t’accorde son salut’. Et en lui-même il s’étonna de ses paroles après les avoir prononcées. Depuis son enfance, depuis l’époque où il allait à la synagogue avec son père, Friedrich n’avait plus rien su du ‘Dieu de ses pères’. Et voici que cette rencontre étrange évoquait en lui des souvenirs anciens et oubliés, voici que lui revenaient, l’une après l’autre, des pensées nostalgiques sur cette foi puissante de son enfance, quand il entretenait par des prières le lien avec le Dieu de ses pères” [Altneuland 1, 3]. 

“Et tout à coup, parmi ces réflexions entrecoupées de chants hébraïques, Friedrich reconnut et comprit la valeur du Temple. Autrefois, sous le règne de Salomon, le Temple était orné d’or et de pierreries était le symbole de la fierté d’Israël et de sa force. Il était décoré d’or, d’argent et de bronze, de bois de cèdre, de cyprès, et d’olivier dans le goût de l’époque, et il était objet d’admiration. Cependant, malgré toute cette magnificence liée aux idées de l’époque, il n’est pas possible que les Juifs aient versé leurs larmes pendant mille huit cents ans sur la réalité concrète de cet édifice remarquable. Ce n’est pas sur les murailles de ce bâtiment détruit qu’ils ont pleuré en se tenant à côté des ruines – pleurer ainsi pendant dix-huit siècles serait une insigne sottise ! Non, ils gémissaient sur quelque chose qui avait disparu, quelque chose d’invisible, dont le bâtiment était l’expression de pierre. Et Friedrich ressentit cette chose mystérieuse à l’intérieur du nouveau Temple qui avait été reconstruit à Jérusalem. Son cœur fut pris de crainte et de grandeur : voilà que se tiennent ici les descendants du peuple du Dieu d’Israël, et ils reviennent, prêts à donner leur vie pour cette chose disparue. Comme leurs pères d’autrefois ils se tiennent sur le Mont Moria, et les paroles de Salomon se remettent à vivre : ‘L’Éternel a promis de résider dans la nuée ; construire, j’ai construit un palais pour Toi, siège de ta résidence pour l’éternité’ [Rois I 8,12]” [Altneuland 5, 1].

Et il termine son livre par la description suivante : ‘

“Dans cette atmosphère inspirée, Friedrich Lœwenberg posa une question, à laquelle chacun d’eux répondit selon son idée. La question était : ‘sachant qu’il y a ici une nouvelle forme de vie sociale communautaire, mieux adaptée au bien-être des êtres humains que tout ce qui existait auparavant, qui a réalisé cela ?’ – Le vieux Litvak dit : ‘la pénurie’.  L’architecte Steineck dit : ‘le peuple qui est revenu et qui s’est uni’. Kingscourt dit : ‘les nouveaux moyens de transport’. Le Dr Marcus dit : ‘la science’. Joë Lévy dit : ‘la volonté’. Le professeur Steineck dit : ‘les forces de la nature’. Le révérend Hopkins dit : ‘la tolérance mutuelle’. Rachid Bey dit : ‘la confiance en soi’. David Litvak dit : ‘l’amour et la souffrance’. Quant au vieux rabbin Samuel, il se leva et dit solennellement : ‘Dieu’” [Altneuland 5, 6]. Voilà comment Herzl termine son livre : c’est le Saint-Béni-Soit-Il qui a créé l’État d’Israël !

Quand le Kaiser allemand visita la Terre d’Israël en 1898, et qu’il exprima le désir de rencontrer Herzl à la tête d’une délégation sioniste, Herzl lui écrivit une lettre avec une conclusion étonnante : “Le secret de l’Éternel se révèle sur nous dans ces heures historiques pour le monde. Nous n’avons rien à craindre puisque l’Éternel est avec nous [propos publiés par le Dr Georges Weisz dans le feuillet ‘Ma’ayané Hayéchou’a’ n° 273. Voir le développement dans son livre ‘Theodor Herzl – une nouvelle lecture’].

On voit donc que les hilonim ont falsifié le personnage d’Herzl en faisant de lui un renégat, et les harédim aussi l’ont falsifié, de la même façon (…).

7. Le mouvement sioniste doit assumer son lien avec la Thora.  

En vérité, le sionisme n’est pas hiloni. Et pourtant, il fut décidé au Congrès Sioniste que “le sionisme n’a rien en commun avec la religion” ! Mais aussitôt, le Rav Kook écrivit aux membres du mouvement Mizrahi pour leur dire qu’ils devaient clamer leur opposition catégorique à cette phrase, puisqu’en vérité le sionisme tire sa substance de la religion sans le dire : “Je me trouve obligé de faire une introduction générale, que je rappelle à chaque fois que j’ai l’occasion de parler du Mizrahi et de son identité : il y a une règle qu’à mon avis il doit imprimer sur son drapeau, car elle seule lui permettra de faire apparaître sur son visage la lumière intérieure de son âme, libérée de la dissimulation qu’on lui impose. Cette règle est la suivante : le Mizrahi exprimera ouvertement que malgré la confiance qu’il montre toujours au sionisme général, du fait de son partenariat avec lui dans la pensée nationale et la réalisation concrète de ses aspirations, il se bat en même temps pour l’abrogation de cet unique paragraphe, qui qualifie le sionisme au nom du Premier Congrès Sioniste, disant que ‘le sionisme n’a rien en commun avec la religion’” [Igrot Haréaïa (II) p. 134] (…).

“Le sionisme général, aux termes de sa charte, ne peut en aucun cas parler au nom de la nation dans son ensemble. Le paragraphe ‘le sionisme n’a rien en commun avec la religion’ a toujours été à l’exact opposé de ce que toute la nation a pensé, imaginé, espéré et transmis dans toutes les générations, et à l’exact opposé de la noble espérance que les meilleurs penseurs d’Israël et des nations projettent sur l’avenir d’Israël dans le monde. L’ensemble de la nation, avec toute sa grandeur et sa force spirituelle, avec toute l’envergure de son âme, ne pourra en aucune manière être réduite à la portion congrue du rêve du Dr Hertzel (malgré sa beauté et son audace, toutes proportions gardées). Le sionisme de l’action, de la pensée, de la politique, de la diplomatie, et de toutes les branches ensemble telles qu’elles ont été développées jusqu’aujourd’hui, englobe de grandes causes de la plus haute importance que nous sommes appelés, depuis la profondeur de notre être en tant qu’Israël, à soutenir de toutes nos forces, matérielles et spirituelles. Mais toutes [ces branches] ensemble ne constituent que le corps du sionisme, et nous sommes appelés sans attendre à insuffler l’âme de ce corps bien bâti, pour qu’il soit vraiment à la hauteur de son nom, pour qu’il acquière sans tarder et pour toutes les générations cette puissante force d’attraction qui sera capable de mobiliser toute la nation, des plus grands aux plus petits, venant de toutes les orientations, de tous les partis et groupements, et des différentes catégories de Juifs de la Diaspora. Elle révèlera au monde cette notion que l’origine du sionisme est la source suprême de la sainteté ; la Bible la lui attribue dans toute la profondeur et la perfection de son message.

“L’écho de la voix d’un peuple haï du monde, venant quémander un refuge sécuritaire contre ses persécuteurs, ne pourrait suffire à lui seul à rendre vie à ce mouvement mondial. Mais c’est un peuple saint, le trésor secret des peuples, Yéhouda le jeune lion, qui se réveille de sa torpeur et revient à son patrimoine, à ‘la fierté de Yaacov [la Terre d’Israël] qu’Il [Dieu] aime’ [Psaumes 47,5]. Et cette âme ne pourra pas être insufflée au Mouvement [sioniste] tant que sera gravé sur son front ce signe de Caïn, que ‘le sionisme n’a rien en commun avec la religion’. C’est pourquoi le Mizrahi doit reconnaître avec fierté la grandeur de sa vocation… Le Mizrahi doit réclamer en permanence que ce paragraphe déshonorant soit effacé de sa charte, et qu’on écrive à sa place : ‘le fondement du sionisme est la renaissance de la nation par sa Thora sur sa terre’, dans toute la grandeur et au plein sens de cette formulation” [Igrot Haréaïa (II) p. 208]. 

8. Ranimer la flamme intérieure. 

C’est une évidence que dans nos générations la tendance à la superficialité ne fait que s’étendre, et qu’elle masque ainsi l’intériorité. Il y a bien des années, cette flamme était visible quand les Juifs accomplissaient des mitsvot ; puis de nombreux Juifs cessèrent de pratiquer les mitsvot, mais ils restèrent attachés au peuple d’Israël ; puis ils cessèrent d’être attachés au peuple d’Israël, mais ils restèrent attachés à la Terre d’Israël ; puis ils cessèrent d’être attachés à la Terre d’Israël, mais ils restèrent attachés à l’armée d’Israël ; et ainsi de suite, jusqu’à ce que, peu à peu, l’extérieur disparaisse, et qu’il ne nous reste pas d’autre choix que de regarder l’intérieur. 

D’où l’importance de savoir [que l’âme d’Israël est présente de manière cachée], et c’est peut-être le point le plus important à cause de ses implications pratiques. Nous devons savoir comment élever la nation d’Israël ! Il va de soi que si cette flamme n’existait pas (à Dieu ne plaise !), nous devrions frapper et nous battre sans répit ou, pour le moins, allumer cette flamme intérieure depuis l’extérieur. Mais si la flamme existe bien qu’extrêmement faible, alors nous devons guérir la nation au moyen des deux alef, selon les mots de notre maître le Rav Tsvi Yéhouda : ‘ahava’‘l’amour’ -et émouna’ – la ‘foi’ – [les deux devoirs du cœur dont le nom commence par la lettre alef].