Note 8.216 – Le sionisme vient des profondeurs de la Thora


SOMMAIRE :
1. Quelques questions.
2. Bilan de l’État d’Israël.
3. La Délivrance est déclenchée par des facteurs extérieurs.
4. Le retour à Sion est impulsé par un désir profond. 
5. La division entre sionisme religieux et sionisme laïc est sans objet.
6. Le cas de Theodor Hertzl.
7. Le mouvement sioniste doit cesser de se démarquer de la religion.
8. Ranimer la flamme intérieure.


1. Quelques questions.

Q : Mais la réalité ne ressemble pas à ce que le Rav décrit ? – R : Bien sûr que ce n’est pas évident, sinon il n’y aurait pas besoin d’Orot, il suffirait de lire le journal ! Ce livre des ‘Lumières’ nous apprend justement ce qui est sous-jacent à l’apparence extérieure de la réalité ; il nous apprend qu’à un niveau caché et inconscient, l’élan intérieur qui pousse la nation à revenir à Sion, n’est autre que le désir de vivre complètement la vie de la Thora.

Q : Mais ce n’est pas comme cela que parlent les sionistes ! – R : De toute façon, le Rav ne parle pas ici de ce qu’ils disent et expriment ouvertement car si c’était le cas, comme nous l’avons dit, il suffirait de lire le journal… Ce dont il parle, c’est ce qui se trouve “au fond du cœur, dans le domaine réservé de sa pureté et de sa sainteté”.

Q : Mais l’État d’Israël est un état de renégats : “Nous ne croyons pas au régime des sionistes, et nous ne prenons pas leurs lois en considération” ! – R : C’est faux, c’est un état de croyants ! Où l’étude de la Thora est-elle développée et florissante comme en Éretz Israël, qui est remplie de yéchivot et de séminaires ? Ces ‘renégats’ ne sont pas vraiment des renégats, mais ils ne connaissent pas eux-mêmes ce qui est au fond de tout cela, quel est ‘l’inconscient collectif de la nation. Pour pénétrer dans l’inconscient de l’homme, on doit s’adresser à ses rêves. Et quels sont les rêves de la nation d’Israël ? – “Chant des degrés – Nous étions au retour à Sion déclenché par l’Éternel, comme dans un rêve” [Psaumes 126, 1]. Voilà quels sont nos rêves ! Un jour, le Président des États-Unis George Bush déclara : “Cessez de rêver au ‘Grand Israël’” ! Deux Talmidé Hakhamim lui répondirent : “Jusqu’à présent nous savions que les Américains voulaient nous dire ce que nous devons faire, mais jamais encore ils ne nous avaient dit ce que nous devons rêver… Nous devons donc vous faire savoir que nous continuerons de rêver, car bien avant la naissance de l’Amérique nous rêvions déjà du retour à Sion, et nos rêves se réaliseront un jour, alors que l’Amérique n’existera plus…” [Béahava Ouvéémouna, Simhat Thora 5767].


2. Bilan de l’État d’Israël

De manière générale et sur le long terme, malgré les difficultés, les chutes et les crises, nous progressons, et nous progressons dans tous les domaines :

  • Sur le plan de la Thora. En exil nous sommes en danger de mort, pas seulement physiquement, mais aussi spirituellement. Il y a des rabbins qui se sont opposés à l’aliya de Russie au siècle dernier, parce que ce pays était plein de Talmidé Hakhamim et de yéchivot, alors que la Terre d’Israël était pauvre en Thora. Et quelle est la situation aujourd’hui ? Là-bas il n’y a presque plus rien, alors qu’ici le pays est rempli de Thora, de yéchivot, de séminaires, et l’étude de la Thora se répand sur le peuple entier. Il y a bien sûr encore beaucoup de travail à faire, mais nous progressons !
  • Sur le plan de la Terre d’Israël. Un ami à la barbe blanche m’a dit : “Quand mon arrière-grand-père est né, il y avait en Terre d’Israël 30 000 habitants juifs ; mon grand-père, 80 000 ; mon père, 200 000 ; moi, 600 000 ; mon fils 2 000 000 ; mon petit-fils, 5 000 000 ; et il y en a qui disent que la situation se dégrade…”. Nous nous renforçons au contraire, par le rassemblement des exilés et la construction du pays.
  • Sur le plan de l’État. Grâce à Dieu nous avons un État merveilleux. Nous n’en parlons guère, mais dans le monde entier l’État d’Israël est un sujet d’admiration à cause de son dynamisme permanent. Certains nous aiment, certains nous détestent, mais tous reconnaissent notre valeur, comme l’écrit notre maître le Rav Kook : “Au-delà des nombreux défauts que nous constatons dans la conduite de notre génération en général, et en Israël en particulier, nous ne pouvons qu’avoir le sentiment de renaître ; partis du bas de la pente, nous progressons, et nous nous retrouvons de nouveau comme auutrefois” [Orot, p. 77, § 26].
  • Sur le plan de l’armée. On rapporte qu’un père, profondément marqué par l’époque de la Shoah, monta en Israël après la création de l’État et dit à son fils : “Là-bas, ce sont eux qui avaient les armes, et ils nous ont assassinés ; ici, c’est un Juif revêtu d’un uniforme qui tient une arme… les jours du Messie sont arrivés !” – Certes, le Messie n’est pas encore là, et nous l’attendons chaque jour. Mais nous sommes dans une période préparatoire au Messie, comme l’écrit la Guemara, et les guerres participent aussi au début de la Délivrance [Méguila 17b]. Il y a autour de nous 300 millions d’Arabes soutenus par de très nombreux pays, et nous sommes protégés par notre armée vaillante et sage. Son nom lui fait louange : ‘Tsahal’‘Armée de Défense d’Israël’. Quel dévouement merveilleux chez nos soldats ! Et si quelqu’un objecte : “N’y a-t-il pas aussi du dévouement dans les armées de l’ennemi ?” – Bien sûr, même chez les nazis il y avait du dévouement, mais la question est : dans quel but ? Est-ce un dévouement au service du mal, ou comme dans notre armée, un dévouement pour le peuple d’Israël, pour la plus grande sanctification du Nom de l’Éternel ?
  • Sur le plan de l’amour d’Israël. Oui, l’armée est toute entière amour d’Israël, et si un Juif se trouve en danger, un million de Juifs viendront à son secours. Mais la vie de tous les jours elle aussi est marquée par la fraternité. Même s’il y a encore beaucoup à améliorer (…), réjouissons-nous de ce qui existe déjà.
  • Sur le plan des dirigeants. Opter pour l’exil dans une situation de danger physique et spirituel, c’est un manque de responsabilité de la part des dirigeants. Il faut dire : – montons ! – construisons ! – édifions notre état ! – mettons sur pied notre armée ! – créons des yéchivot ! Voilà les options d’une direction responsable. On dit parfois : “Nous n’avons pas de véritables dirigeants, ni spirituels ni politiques !”. C’est peut-être vrai, mais quand on voit nos réalisations étonnantes des cent dernières années, et particulièrement depuis la création de l’État, cela semble montrer qu’au moins nous savons travailler (…)

Plutôt que de vouloir améliorer les autres, il faut s’améliorer soi-même, et cela aura automatiquement une bonne influence sur les autres. Il faut se souvenir que ceux qui respectent la Thora, mais qui médisent sur les autres et manquent de droiture, éloignent les autres de Dieu ; alors que ceux qui s’abstiennent de médisance et se conduisent avec droiture les rapprochent de Dieu [Yoma 86a].

Voilà donc quel est notre travail : améliorer nos qualités morales. C’est en cela qu’il n’y a pas de ‘sionisme laïc’, mais un seul sionisme, venant du désir profond de faire revivre la vie israélite pleine et entière qui ne peut exister qu’en Terre d’Israël, dans un état indépendant sous souveraineté israélienne.


3. La Délivrance est déclenchée par des facteurs extérieurs.

Le Rav Kook explique plus loin dans Orot :

“Ce qui caractérise la Délivrance qui se présente devant nous, dont nous percevons et ressentons les premiers pas, c’est qu’elle se trouve dans l’intériorité de l’âme collective d’Israël. Certes, la Délivrance s’exprime par des phénomènes extérieurs comme une agriculture florissante, la création d’un état, la fondation d’une armée etc., mais elle se déroule avant tout à l’intérieur du peuple d’Israël. C’est là, au plus profond de la nation, que le bouleversement commence : “La nation se développe dans toutes ses potentialités, elle amplifie son esprit, sa nature et son essence, sans encore prendre conscience de la profondeur de cette réalité suprême qui constitue tout le fondement de sa renaissance”.

Pour le moment, “ses yeux sont dirigés vers la terre”, la nation est encore matérialiste, “elle n’élève pas encore son regard vers le ciel, et de fait elle n’est pas encore revenue vers son premier mari”, elle n’est pas encore revenue vers le Saint-Béni-Soit-Il. “Elle élabore sa vie au moyen des forces présentes à la racine de son âme, mais sans nommer les choses et sans avoir de but explicite. Tout” – toutes les réalisations du pays – “est lumière et gloire de Dieu, bien que ni elle [la nation] ni le monde n’en soient clairement conscients. Le Nom du Ciel ne figure pas dans son vocabulaire familier. Elle rend hommage à l’énergie et au courage, mais en réalité tout [ce qu’elle réalise] est d’essence sainte et divine. C’est seulement lorsque tout s’accomplira, quand la nation se hissera à son paroxysme, que la lumière divine appelée par le Nom explicite commencera de se dévoiler”. Pour le moment, on n’entend pas encore le ‘Nom explicite’, mais le temps viendra où tout sera appelé par le ‘Nom explicite’“On verra de manière dévoilée que tout ce qui a éclairé et qui éclairera, tout ce qui a vécu et qui vivra en elle, tout cela est lumière divine, lumière du Dieu du monde, du Dieu d’Israël. [Comme il est écrit :] ‘et voici le nom qu’on donnera [au Messie] : l’Éternel est notre justice’ [Jérémie 23, 6] ; ‘et le nom de la ville sera désormais : l’Éternel est là-bas’ [Ézéchiel 48, 35].

Ce déroulement de la Délivrance fonde la perspective [de la Thora] du secret : l’Assemblée d’Israël ne reprendra pas sa place [d’elle-même] dans l’avenir, mais le Saint-Béni-Soit-Il et toutes ses cohortes viendront vers elle, et la relèveront de la poussière dans un grand honneur. ‘Heureux l’œil qui a vu tout cela ; notre âme se réjouira de ce qu’entend notre oreille avec espoir’ [Liturgie de Yom Kippour]. Le temps du déroulement de ces événements particuliers, focalisés sur l’Assemblée d’Israël, jusqu’à l’apparition de la lumière de la magnificence d’Israël, qui fera savoir que le Nom de l’Éternel est appelé sur elle, est le temps des ‘souffrances du Messie’…” [Orot Hatehiya § 32].

(…)


4. Le retour à Sion est impulsé par un désir profond. 

En l’année 5673 [1913], alors qu’il avait 22 ans, notre maître le Rav Tsvi Yéhouda écrivit ses deux premiers articles : ‘La Culture d’Israël’ et ‘À l’Ordre du Jour’. Il écrit dans ce dernier :

“Tel est l’ordre du monde : de même que la lumière apparaît à partir de l’obscurité, les progrès et les améliorations de la vie ont pour point de départ les contraintes et les difficultés. Et notre monde à nous se construit de la même manière, en même temps que le monde [des nations], …sous l’impulsion spécifique de notre spiritualité intérieure”, l’esprit divin qui est en nous, cette spécificité intrinsèque d’Israël, la flamme qui brûle au fond de notre âme, “qui elle aussi est amenée à se révéler sous l’impulsion de facteurs extérieurs. Notre vie fait son chemin, ses réalisations concrètes prennent de l’ampleur et s’installent, même par des chemins détournés, et c’est à partir d’eux et avec eux que se développe et s’affirme notre conscience précise et claire [de nous-mêmes et du monde]. Voilà le phénomène que nous voyons maintenant se produire de lui-même devant nos yeux, dans notre mouvement de résurrection nationale”, le mouvement de renaissance nationale [à savoir : le mouvement sioniste] est impulsé par l’esprit divin qui est en nous !

“Le sionisme et le nouveau nationalisme [juif] apparurent eux aussi principalement sous l’impulsion de différents facteurs extérieurs liés aux conditions de l’exil” : pogroms, misère et persécutions terribles. “C’est la marque profonde des malheurs de l’exil, et aussi ses bénéfices secondaires, qui nous ont amené le livre Drichat Tzion du Rav Tsvi Kalischer [sur le peuplement d’Éretz Israël par le rassemblement des exilés dans la perspective de la Délivrance] ; le mouvement Netzah Israël [association d’élèves de la grande yéchiva de Volojine pour le réveil national, orientée dans la même perspective] ; le mouvement Bilouï [initiales de ‘Beit Ya’akov Lekhou Venelkha’, association d’élèves de la jeunesse juive scientifique et laïque en Russie pour le réveil national…] ; le nationalisme de Hachahar [revue littéraire pour le début de l’expression de la pensée nationale] ; l’Autoémancipation [revue d’expression en faveur du réveil identitaire et de l’indépendance nationale] ; l’État Juif [manifeste-programme du sionisme politique de Theodor Hertzl] et Maklata Habatouah [qui pose les fondements du programme du sionisme politique]”.

“Quel observateur perspicace, considérant maintenant les progrès de notre vie en Éretz Israël, la situation économique de notre peuple, le réveil de la conscience nationale, qui relève son moral et fait foisonner ses œuvres dans tous les domaines saints ou profanes, et qui s’accentue en tout lieu, que nous y soyons regroupés ou dispersés… [Quel observateur perspicace] ne verrait pas qu’on ne peut pas évaluer l’importance du sionisme, de ce nouveau nationalisme, seulement en fonction du nombre d’adhérents qui cotisent au mouvement ? – et qu’il ne s’agit pas là d’un mouvement ou d »un courant au sens habituel, c’est-à-dire d »un regroupement d’individus plus ou moins nombreux dont le but n’est autre que de brandir un drapeau à son nom ? Qui n’y reconnaîtrait pas la grandeur de l’œuvre divine dans l’Histoire, la marque de ‘Celui qui appelle depuis l’origine les générations [à l’être], l’Éternel Dieu d’Israël’ [Isaïe 41, 4] ?! 

“Car il s’agit en fait du grand, du puissant mouvement de renaissance (…) du peuple d’Israël qui revient à la force de sa jeunesse, aux jours d’autrefois… Et l’origine de ce grand mouvement se trouve, comme on l’a compris, dans la substance même de la nation, au fin fond de son intériorité, dans ses nerfs, ses organes et ses artères, dans sa vie collective comme dans celle de chaque individu. Elle n’est évidemment pas à chercher dans des raisons négatives, dans la recherche d’un ‘abri sûr’, dont la législation protégerait de l’antisémitisme et des atteintes de l’extérieur (…), mais dans le désir de vie,  de renaissance spécifique, spontanée et libre, de la nation qui ‘se languit de son bien-aimé’ [Cantique des Cantiques 8, 5], qui se languit de sa maison, de son patrimoine et de sa terre ; pas seulement pour s’y cacher de l’oppresseur, pour y fuir les coups qui meurtrissent son corps ou son âme, mais dans le désir positif et authentique de revenir au pays de sa vie, à son Dieu, à sa vraie nature, [dans le désir] de vivre une vie pure, saine et libre, sa vie à elle, sa vie divine…” [Netivot Israël (I) p. 12]. 


5. L’opposition entre sionisme religieux et sionisme laïc est fallacieuse.

Il faut par conséquent avoir la perspicacité nécessaire pour faire la distinction entre cause extérieure et cause intérieure. Il y a les diviseurs, qui disent : “nous, nous sommes les sionistes religieux, et vous, vous êtes les sionistes laïcs”, et il y a ceux qui vont plus loin et qui disent : “jusqu’à maintenant nous étions vos amis, vous les sionistes laïcs, mais après ce que vous nous avez fait au Gouch Katif et à ‘Amona, c’est fini avec vous, nous ne sommes plus vos amis !”.

Et jusque là, le ‘sionisme laïc’ s’était-il comporté comme il faut ? Est-ce que tout était en ordre ? Et que dire des profanations de Chabbat, de la destruction de la famille, de la catastrophe dans l’éducation, de la consommation de viandes non cachères ?! Tant qu’il ne vous a pas touchés tout était en ordre, mais à partir du moment où il vous a dérangés, vous avez cessé de donner un certificat de bonne conduite au ‘sionisme laïc’

En vrai, toute cette distinction n’a aucun sens, et le ‘sionisme laïc’ ne correspond à aucune réalité, car le sionisme tout entier provient de cette flamme intérieure qui se trouve dans l’âme d’Israël (…). Qu’on en ait conscience ou non, le sionisme est de nature divine et non pas laïque. Le sionisme fait partie de la Thora, et dès sa phase de réveil il tire sa source de la sainteté. Voici ce que dit le Rav Kook :

“Au niveau de la nation dans son ensemble, tout désir de liberté, toute aspiration à la vie, collective et individuelle, tout espoir de délivrance, ne proviennent que de cette source de vie”. Que veut-il dire par ‘cette source’ ? – “Une flamme sainte… dans le cœur de toute la nation… brûle en permanence : ‘Un feu perpétuel brûlera sur l’autel, il ne cessera jamais’ [Lévitique 6, 6]”. C’est pourquoi tout réveil national “vise à restaurer la vie d’Israël dans sa plénitude, sans contestation ni limitation” [Orot, la Terre d’Israël 8].

Et en effet, de même que dans le psychisme de l’individu il y a une instance inconsciente qui oriente ses actes à son insu, de même la nation a un inconscient collectif qui l’influence à son insu. Il y a évidemment un inconscient collectif dissimulé au fond de la nation d’Israël qui n’est autre que la Présence divine. Il faut lire l’article ‘À l’Ordre du Jour’, que notre maître le Rav Tsvi Yéhouda écrivit en 5673 [1913]. Il y enseigne comment le Maître du monde, Créateur des causes, a mis en place le mouvement sioniste par différentes voies [voir ci-dessus, § 4] : “Viens des quatre vents, Esprit…” [Ézéchiel 37, 9].

C’est pourquoi, une fois pour toutes, il n’y a pas de sionisme laïc et de sionisme religieux, mais un seul sionisme venant de la source de la sainteté suprême qui réside dans la nation. De façon générale et une fois pour toutes, il n’y a pas ici des religieux et des laïcs, mais un seul peuple, un peuple saint, le peuple de Dieu, un peuple bien-aimé, un peuple qui se lève pour revivre, un peuple dont il est dit malgré tous ses défauts : “Tu es toute belle, ma compagne, tu n’as aucun défaut” [Cantiques des Cantiques 4, 7] – un peuple dont l’Éternel est fier.

Le lien organique entre ces deux catégories, le sionisme laïc et le sionisme religieux, n’est pas connu des laïcs parce qu’ils ne connaissent pas la réalité de la flamme intérieure, et il n’est pas connu des harédim parce qu’ils ne connaissent pas la réalité de la résurrection. Et on trouve en général une alliance dépourvue de sainteté entre les harédim et les hilonim : les deux soutiennent que l’État actuel est l’État des ennemis de la religion, parce que le sionisme d‘Hertzl est un sionisme laïc…


6. Le cas de Theodor Hertzl.

Toute parole d’Hertzl d’où se dégage un profond parfum de sainteté est aussitôt effacée, on l’escamote et on la dément. Mais en vérité Hertzl était rempli d’aspirations profondes. Dans son journal il écrit :

“Notre nation n’est une nation que par sa foi” [Journal (I) p. 57, et notre maître le Rav Tsvi Yéhouda écrit à ce sujet que “celui qui pense, qui parle et qui écrit ainsi  n’est pas un hérétique” – Nétivot Israël, p. 123 de la deuxième édition, ‘Léhatsdik Tsadikim’] ; 

“Nous ne connaissons notre force historique que par la foi de nos pères” [ibid. p. 149] ;

“Je travaille l’idée. Non ! c’est l’idée qui me travaille. Elle serait considérée comme folle si elle n’était pas tellement pertinente du début à la fin. Une situation comme celle-ci était appelée autrefois ‘implication de la Présence divine’ [ibid. p. 93] ;

“Il s’étonne que mon cœur s’enflamme tellement pour ‘notre cause’. Il n’évalue pas jusqu’à quel point mon cœur s’enflamme. Mais c’est en effet sans précédent. Mon judaïsme était loin de moi ; disons qu’il était déposé quelque part au seuil de ma conscience. De même que l’antisémitisme pousse les Juifs faibles et opportunistes, dont le cœur s’est ramolli, à se tourner vers le christianisme, chez moi au contraire cette pression a puissamment renforcé mon judaïsme. Rien à voir avec la pratique religieuse. Avec tout le respect que j’éprouve pour la foi de mes pères, je ne fais pas partie des gens pieux et orthodoxes, et je n’en serai jamais. Mais je n’ai aucune intention de faire quoi que ce soit contre la religion ; bien au contraire, il devient clair pour moi que je veux travailler avec les rabbins, avec tous les rabbins” [ibid. p. 106]. 

Dans son livre Altneuland, il écrit :

“Friedrich posa sa main sur la tête du jeune homme : ‘que le Dieu de nos pères t’accorde son salut’. Et en lui-même il s’étonna de ses paroles après les avoir prononcées. Depuis son enfance, depuis l’époque où il allait à la synagogue avec son père, Friedrich n’avait plus rien su du ‘Dieu de ses pères’. Et voici que cette rencontre inhabituelle évoquait en lui des souvenirs anciens et oubliés, voici que lui revenaient l’une après l’autre des pensées nostalgiques sur cette foi puissante de son enfance, quand il entretenait par des prières le lien avec le Dieu de ses pères” [Altneuland 1, 3]. 

“Et tout à coup, parmi ces réflexions entrecoupées de chants hébraïques, Friedrich reconnut et comprit la valeur du Temple. Autrefois, sous le règne de Salomon, le Temple orné d’or et de pierreries était le symbole de la fierté d’Israël et de sa force. Il était décoré d’or, d’argent et de bronze, de bois de cèdre, de cyprès, et d’olivier dans le goût de l’époque, et il était objet d’admiration. Cependant, malgré toute cette magnificence liée aux idées de l’époque, il n’est pas possible que les Juifs aient versé leurs larmes pendant mille huit cents ans sur la réalité concrète de cet édifice remarquable. Ce n’est pas sur les murailles de ce bâtiment détruit qu’ils ont pleuré en se tenant à côté des ruines – pleurer ainsi pendant dix-huit siècle serait une insigne sottise ! Non, ils gémissaient sur quelque chose qui avait disparu, quelque chose d’invisible, dont le bâtiment était l’expression de pierre. Et Friedrich ressentit cette chose mystérieuse à l’intérieur du nouveau Temple qui avait été reconstruit à Jérusalem. Son cœur fut pris de crainte et de grandeur : voilà que se tiennent ici les descendants du peuple du Dieu d’Israël, et ils reviennent, prêts à donner leur vie pour cette chose disparue. Comme leurs pères d’autrefois ils se tiennent sur le Mont Moria, et les paroles de Salomon se mettent à revivre : ‘L’Éternel a promis de résider dans cette brume ; construire j’ai construit un palais pour Toi, [Éternel,] siège de ta résidence pour l’éternité’ [Rois I 8,12]” [Altneuland 5, 1].

Et il termine son livre par la description suivante : ‘

“Dans cette atmosphère inspirée, Friedrich Lœwenberg posa une question, à laquelle chacun d’eux répondit selon son idée. La question était : ‘étant donné qu’il y a ici une nouvelle forme de vie sociale communautaire, mieux adaptée au bien-être des humains que tout ce qui existait auparavant, qui a réalisé cela ?’ – Le vieux Litvak dit : ‘la pénurie’.  L’architecte Steineck dit : ‘le peuple qui est revenu et qui s’est uni’. Kingscourt dit : ‘les nouveaux moyens de transport’. Le Dr Marcus dit : ‘la science’. Le professeur Steineck dit : ‘les forces de la nature’. Le révérend Hopkins dit : ‘la tolérance mutuelle’. Rachid Bey dit : ‘la confiance en soi’. David Litvak dit : ‘l’amour et la souffrance’. Quant au vieux rabbin Samuel, il se leva et dit solennellement : ‘Dieu’” [Altneuland 5, 6]. 

Voilà comment Hertzl termine son livre : c’est le Saint-Béni-Soit-Il qui a créé l’État d’Israël !

Quand le Kaiser allemand visita la Terre d’Israël en 1898, et qu’il exprima le désir de rencontrer Hertzl à la tête d’une délégation sioniste, Hertzl lui écrivit une lettre avec une conclusion extraordinaire : 

“Le secret de l’Éternel se découvre sur nous dans ces heures historiques pour le monde. Nous n’avons rien à craindre quand l’Éternel est avec nous [propos publiés par le Dr Georges Weisz dans le feuillet ‘Ma’ayané Hayéchou’a’ n° 273. Voir le développement dans son livre ‘Theodor Herzl – une nouvelle lecture’].

On voit donc que les hilonim ont falsifié le personnage Hertzl en faisant de lui un renégat, et les harédim de leur côté ont fait la même chose (…).


7. Le mouvement sioniste doit cesser de se démarquer de la religion.

Quant au fond des choses, il n’existe pas de sionisme hiloni. Qu’on en soit conscient ou non, le sionisme est d’essence divine et non laïque. Pourtant, c’est ce que pensent les hilonim et les harédim dans un curieux concert, les premiers parce qu’ils ont peur de la religion, et les derniers parce qu’ils ont peur du sionisme. Mais ce que disent les uns et les autres n’est pas ‘paroles du Dieu vivant’. Ainsi que l’écrivit le Rav Kook : “Le Maître du monde est sioniste !” – Ouvre un Houmach et regarde, ouvre une Guemara et regarde ! (…)

Il fut pourtant décidé au Congrès Sioniste que “le sionisme n’a rien de commun avec la religion”. Mais le Rav Kook écrivit aussitôt aux membres du mouvement Mizrahi qu’ils devaient élever une protestation véhémente, et s’opposer de toutes leurs forces à l’insertion de cette phrase, puisqu’en vérité derrière le rideau le sionisme tirait sa substance de la religion :

“Je me trouve dans l’obligation de faire une introduction générale, que je rappelle à chaque fois que j’ai l’occasion de parler du Mizrahi et de son identité : il y a une loi qu’à mon avis il doit inscrire sur son drapeau, car elle seule peut projeter sur lui la lumière de son âme intérieure, libre des contraintes et de la dissimulation qu’on veut lui imposer. Cette loi qu’il doit exprimer ouvertement est que le Mizrahi, malgré la confiance qu’il montre toujours pour le sionisme général de fait de sa participation au projet national et à sa réalisation concrète, se bat en même temps pour l’abrogation de ce paragraphe inscrit dans la définition du sionisme au nom du Premier Congrès Sioniste, qui dit que ‘le sionisme n’a rien de commun avec la religion’” [Igrot Haréaïa (II) p. 134] (…).

“Le sionisme général ne peut en aucun cas, à partir de son programme, parler au nom de toute la nation. Déjà, le paragraphe : ‘le sionisme n’a rien de commun avec la religion’ est aux antipodes de ce que toute la nation a pensé, conçu, espéré et cru dans toutes ses générations, à l’opposé complet de la noble aspiration des meilleurs penseurs d’Israël et des peuples pour l’avenir d’Israël dans le monde. La nation dans son ensemble, avec toute sa grandeur et sa puissance spirituelle, avec tout le génie de son âme, ne peut en aucun cas se réduire à l’étroitesse du rêve du Dr Hertzel, quelles que soient sa beauté et sa force, toutes proportions gardées. Le sionisme sur le plan de la pratique, de la pensée, de la politique, de la diplomatie, avec toutes ses branches telles qu’elles ont été mises en œuvre aujourd’hui, a une dimension sublime que nous sommes appelés, du fond de notre être d’Israël, à soutenir de toutes nos forces physiques et spirituelles, mais mises toutes ensemble, elles ne représentent que le corps du sionisme. Nous sommes appelés à injecter sans tarder son âme à ce corps disloqué, pour qu’il soit vraiment à la hauteur de sa tâche, de façon qu’il acquière dès maintenant et pour toujours la grande force d’attraction qui sera capable de mobiliser toute la nation, des plus grands aux plus petits, venant de tous les partis, lignes et groupements, ou encore dispersés et inclassables. Le sionisme doit transmettre au monde cette idée, que sa source est la source de sainteté suprême donnée par la Bible, dans toute la profondeur et la splendeur de la tradition. Ce n’est pas un faible écho, disant que le peuple le plus haï du monde vient demander un refuge sûr contre ses persécuteurs, qui pourrait à lui seul rendre la vie à ce mouvement de tous temps, mais [cette idée] qu’un peuple saint, le trésor des peuples, Juda le jeune lion, s’est réveillé de son long sommeil, qu’il s’est mis en marche et qu’il revient vers son héritage, vers ‘la fierté de Jacob qu’Il aime’ [Psaumes 47,5]. Et cette âme ne pourra pas être injectée dans le mouvement tant que sur son front sera gravé ce signe de Caïn, que ‘le sionisme n’a rien de commun avec la religion’. C’est pourquoi le Mizrahi doit reconnaître avec fierté la grandeur de sa vocation… il doit exiger avec persistance que ce paragraphe soit enlevé du programme [de l’Organisation Sioniste], et qu’on inscrive à sa place que ‘le fondement du sionisme est la renaissance de la nation par sa Thora et sur sa terre’, dans toute la grandeur et la plénitude de cette formule” [ibid. p. 208]. 


8. Ranimer la flamme intérieure. 

C’est un fait que dans ces générations la superficialité ne va qu’en s’accentuant, et qu’elle masque l’intériorité. Il y a de nombreuses années, cette flamme intérieure se révélait au moment où les Juifs accomplissaient les mitsvot ; ensuite de nombreux Juifs cessèrent de pratiquer les mitsvot, mais ils étaient attachés au peuple d’Israël ; puis ils cessèrent d’être attachés au peuple d’Israël, mais ils étaient attachés à la Terre d’Israël ; puis ils cessèrent d’être attachés à la Terre d’Israël, mais ils étaient attachés à l’Armée de Défense d’Israël, etc ; jusqu’à ce que tous les signes extérieurs disparaissent, et que nous n’ayons plus d’autre possibilité que de considérer l’intériorité.

C’est dire toute l’importance de cette connaissance [la présence de cette flamme intérieure], peut-être la plus importante de toutes à cause de ses implications pratiques, car nous devons savoir comment nous pouvons relever la nation d’Israël. Si cette flamme n’existait plus (à Dieu ne plaise !), nous devrions nous battre sans relâche ou, à tout le moins rallumer la flamme intérieure de l’extérieur [par des activités appropriées]. Mais si cette flamme existe sous une forme étouffée, alors nous devons soigner la nation au moyen des deux alef, selon les mots de notre maître [le Rav Tsvi Yéhouda], [en enseignant les deux devoirs du cœur dont le nom commence par la lettre alef, à savoir :] ‘ahava’ [‘l’amour’] et ‘émouna’ [la ‘foi’].