9. Traduire la ‘émouna’ dans la langue de la génération

Le Rav notre maître aborde maintenant la solution : Allons, frayons-lui le chemin ! Préparons pour la génération un Sentier des Justes de la émouna, et pas seulement des vertus morales. Montrons-lui la voie d’accès de la ville pour qu’elle puisse en trouver l’entrée. Faisons-lui savoir qu’elle ne découvrira ce qu’elle cherche que dans le patrimoine d’Israël :

“Je l’ai saisi et ne le lâcherai point jusqu’à l’avoir amené à la maison de ma mère, à la chambre de celle qui m’a conçu – la chambre intérieure – [Cantique des Cantiques 3, 4]. “Je te conduirai, je t’amènerai à la maison de ma mère, tu m’apprendras, je te ferai boire du vin parfumé, du jus de ma grenade” [Ibid. 8, 2].

Cette génération extraordinaire, qui est entièrement coupable dans les actes, et entièrement innocente dans son intériorité et sa recherche de vérité, ne retrouve pas ses idéaux dans la Thora, et c’est notre travail de lui montrer que les vrais idéaux sont effectivement dans la Thora. C’est cette réponse que Rav notre maître donna dans une lettre au Rav Dov Milstein, dont le fils avait mal tourné : il avait délaissé la Thora, le peuple d’Israël et la Terre d’Israël, et embrassé la cause des anarchistes russes, qui déclaraient que le monde de notre temps est entièrement mauvais, complètement corrompu, et qu’il fallait reconstruire un monde nouveau et bon, fondé sur la justice.

Pour que les gens de la génération puissent trouver ce qu’ils recherchent dans la Thora, un grand travail est nécessaire. “Montrons à la génération la voie d’accès de la ville”, cela veut dire : traduisons le message de ‘émouna’ de la Thora dans les mots et dans les concepts de la génération. De tous temps, les Sages d’Israël ont traduit le message de émouna de la Thora dans un langage adéquat. La langue de Messilat Yécharim n’est pas celle du Kouzari, et celle de Hovot Halevavot n’est pas celle de Émounot Védéot. Même la langue des prophètes ne ressemble pas à celle de la Thora. Nos Sages ont dit : “Il y a d’un côté le langage de la Thora, et de l’autre celui des Sages” [Avoda Zara 58b]. Pourquoi ? Parce que ce ne sont pas les mêmes personnes : Isaïe parlait dans le palais du Roi, Osée parlait dans la rue, et Houlda parlait aux femmes, chacun dans son langage particulier. Le Rambam traduisit toute la émouna dans les mots d’Aristote. Pourquoi ? Parce qu’en son temps, les gens comprenaient la langue d’Aristote. Tout cela fait partie des ‘Soixante-dix facettes de la Thora’ [Sanhédrin 34a].

Il faut préparer le chemin de Thora particulier à notre génération, une génération qui se plaît à rappeler sans cesse les notions de vérité et d’authenticité, “je suis en accord avec moi-même”... Ainsi, Nathan Charansky resta en prison de nombreuses années, et il dit : “Je n’ai pas de regrets, j’ai été intègre avec moi-même”. Quelle chose extraordinaire ! Il aurait pu éviter la prison, mais il voulut rester fidèle à lui-même.

Cela soulève un vieux problème : qu’est-ce que ‘toi-même’ ? Est-ce que tu définis ce qu’est ton  ‘moi-même’, et risques-tu ta vie sur la base de cette définition “pour être fidèle à toi-même” ? Ou peut-être ne cherches-tu pas à être vraiment fidèle à toi-même, mais plutôt à justifier le fait que tu fais ce que tu veux ? Peut-être commences-tu par planter la flèche et traces-tu ensuite la cible ? – Mais non : ce n’est pas un plaisir de passer de longues années en prison. Ce n’est manifestement pas une tromperie, et par conséquent il n’est pas juste de dire que la génération adapte ses idéaux à ses désirs. Mais c’est un fait qu’elle est prête à donner sa vie pour eux.