3. La créativité en Terre d’ Israël


(Vue de Tel Aviv)


Traduction simple :

La créativité spécifique d’Israël, dans la pensée comme dans la force vitale et la réalisation, n’est possible à Israël qu’en Terre d’Israël. D’autre part, dans tout ce que fait Israël en Terre d’Israël, le caractère général s’annule en faveur du caractère spécifique particulier à Israël, et ceci est un grand bonheur pour Israël et pour le monde.

Les fautes qui engendrent l’exil sont celles qui souillent notre puits spécifique, de sorte que la source laisse couler des flots impurs, “il a souillé la résidence de l’Éternel”. Et quand notre propre source spécifique est polluée, notre originalité fondamentale remonte vers cette part primordiale essentielle qui est celle d’Israël dans le caractère humain, et celle-ci n’est puisée que dans l’exil. Alors la Terre d’Israël devient aride et désolée, et sa désolation fait expiation pour elle.

La source cesse de couler et elle décante très lentement. Les manifestations de la vie et de la pensée passent par le courant universel, qui est dispersé dans le monde entier : “Comme les quatre directions du ciel Je vous ai répandus”, jusqu’à ce que les écoulements spécifiques impurs s’arrêtent, et que la force de la source revienne à sa pureté.

Alors l’exil est complètement repoussant et il est superflu : la lumière générale revient jaillir de notre propre puits spécifique dans toute sa puissance, et la lumière du Messie qui rassemble les éloignés commence d’apparaître. La voix des pleurs amers de Rachel, qui se lamente pour ses enfants, s’adoucit sous l’afflux des consolations : “Retiens les pleurs de ta voix et  les larmes de tes yeux, car il y a une récompense à ton action, parole de l’Éternel : ils reviendront du pays ennemi ; et il y a un espoir pour ta postérité, parole de l’Éternel : tes enfants reviendront dans leurs frontières”.

La créativité de la vie particulière [d’Israël], dans toute sa lumière et son entité particulière, nourrie de la rosée de richesse universelle du Grand parmi les géants – la bénédiction d’Avraham – revient se dévoiler précisément grâce à ce retour. 

“‘Sois une bénédiction’ ‒ on conclut par toi”.


TEXTE HÉBREU ORIGINAL


Traduction avec commentaires :

La Guemara de Yébamot [63a] affirme : “Tout homme qui n’a pas de femme n’est pas un homme”. Et de manière similaire : “Tout homme qui n’a pas de terrain à lui n’est pas un homme”. À plus forte raison, toute nation sans terre n’est pas une nation !

Un arbre planté dans un terrain inadapté arrive tout au mieux à survivre, alors que dans son milieu naturel il se développe et porte ses fruits. De même le peuple d’Israël : tant qu’il est en exil il survit, et c’est seulement en Terre d’Israël qu’il vit et qu’il peut s’épanouir **.

C’est pourquoi, puisque le peuple d’Israël ** ne se trouve dans toute la force de son authenticité que s’il habite sur sa terre, il va de soi que la créativité spécifique d’Israël dans la pensée – c’est-à-dire la créativité intellectuelle, spirituelle, religieuse, culturelle et éducative d’Israël – comme dans la force vitale et la réalisation – c’est-à-dire la créativité d’Israël dans les réalisations pratiques – n’est possible à Israël qu’en Terre d’Israël **. En exil, par contre, il ne nous est guère possible d’exprimer la créativité propre d’Israël **, et de toute manière une créativité de cette nature ne peut exister de manière effective.

D’autre part, outre le fait qu’en-dehors de la Terre d’Israël la ‘créativité spécifique d’Israël’ n’est pas possible, dans tout ce que fait Israël en terre d’Israël, le caractère général s’annule en faveur du caractère spécifique particulier à Israël **, en Terre d’Israël nous devenons de plus en plus israéliens, et même notre côté humain général prend une forme israélienne. Alors deviendrions-nous sectaires, ‘provinciaux’, chauvins, renfermés et nationalistes, et perdrions-nous contact avec le genre humain en général ? – Pas du tout, et ceci est un grand bonheur pour Israël et pour le monde **. C’est ce qu’écrit le Or Hahaïm Hakadoch dans son commentaire sur Exode 19, 7 :

“‘Heureux le monde qui a en lui cette nation !’ – car lorsque le peuple d’Israël sera vraiment lui-même, il fera rayonner la lumière et la bénédiction sur l’humanité entière, et il trouvera un remède à tous ses maux”.

Chaque transgression entraîne une punition ‘mesure pour mesure’ [Sanhédrin 90a]. Cependant la ‘punition’ n’est jamais infligée dans un but de vengeance **, à Dieu ne plaise, mais dans un but de réparation . Et puisqu’il est dit que “nous avons été exilés de notre terre à cause de nos fautes” (prière de Moussaf des trois fêtes), il nous faut discerner de quelles fautes il s’agit.

Les fautes qui engendrent l’exil sont celles qui souillent notre puits spécifique **,  ce sont celles qui dégradent notre identité nationale particulière, de sorte que la possibilité d’exprimer une créativité israélienne authentique se trouve détériorée. Quand nous sommes en Terre d’Israël nous sommes fidèles à notre personnalité propre, mais voici que celle-ci va en s’effondrant et en se décomposant ! C’est pourquoi le Saint-Béni-Soit-Il nous retire notre personnalité propre et nous renvoie parmi les peuples. Là, dans les affres de l’exil, nous sommes moins israéliens et plus humains en général **, de sorte que la source laisse couler des flots impurs, “il a souillé la résidence de l’Éternel” ** [Nombres 19, 13] ‒ l’enceinte intérieure du Sanctuaire.

Et quand notre propre source spécifique – quand le flot de vie d’Israël, la nature d’Israël – est polluée, il faut ‘partir en maison de convalescence, et alors notre originalité fondamentale remonte vers cette part primordiale essentielle qui est celle d’Israël dans le caractère humain **, – chaque peuple constitue une variante particulière de l’essence générale du genre humain, et le peuple d’Israël en est la variante la plus élevée, la plus intérieure, au plus haut niveau d’excellence : “vous êtes appelés ‘adam’” [Yébamot 61a]. C’est pourquoi, quand l’image divine d’Israël est dégradée, nous quittons notre ‘source spécifique’ et nous retournons à l’image divine générale du genre humain **, et celle-ci n’est puisée que dans l’exil, parce qu’en exil nous nous trouvons parmi les peuples, et que de ce fait nous pouvons puiser chez eux des ressources humaines universelles, et les inclure dans notre construction spirituelle **. Alors la Terre d’Israël devient aride et désolée, et sa désolation fait expiation pour elle. En réalité, cette désolation répare les choses depuis la racine **, car du fait que nous sommes coupés de notre territorialité et de notre identité, nous devenons des citoyens du monde [indifférenciés].

Comme nous l’avons dit, quand la nation était installée sur sa terre, certes elle créait et elle construisait, mais ces créations peu à peu s’affaiblirent et s’ébranlèrent, jusqu’à ce que “la source laisse couler des flots impurs” et que nos voies se pervertissent. C’est pourquoi il fallut bannir ce ‘puits spécifique’, et bannir la terre de notre vie nationale. Alors, la source cesse de couler et elle décante – elle se sépare du “rebut méprisable” [Lamentations 3, 45] qui s’y trouvait, à l’intérieur de la collectivité d’Israël pervertie et de ses productions corrompues, qui étaient embrouillées d’un chaos d’impureté et de pureté tout ensemble – très lentement.

Les manifestations de la vie et de la pensée, qui bien sûr ont continué chez nous même quand nous sommes partis en exil, passent par le courant universel, qui est dispersé dans le monde entier. De ce fait nous ne sommes plus en Terre d’Israël, ni sous la surveillance directe du Saint-Béni-Soit-Il, mais dispersés parmi les nations et sous la surveillance des leurs anges tutélaires ** :

“Comme les quatre directions du ciel Je vous ai dispersés”   [Zacharie 2, 10]

La Guemara de Ta’anit [3b] précise qu’il n’est pas dit “aux quatre directions” mais “comme les quatre directions”, car : “de même que le monde ne peut exister sans ‘directions’ [= ‘points cardinaux’], il ne peut exister sans Israël”. Autrement dit, le peuple d’Israël est dispersé dans le monde entier au point d’en devenir une partie essentielle **, jusqu’à ce que les écoulements spécifiques impurs s’arrêtent, et que la force de la source revienne à sa pureté. Au début nous avons abandonné le courant d’Israël, qui nous est spécifique. Nous nous sommes dispersés dans le monde entier et nous avons agi selon le courant humain général, afin de laisser le courant d’Israël se reposer et s’assainir. Et maintenant, après deux mille ans d’exil, le courant d’Israël est effectivement guéri, il est revenu à sa pureté **, et le peuple d’Israël revient sur sa terre.

Le signe que le ‘puits spécifique’ est guéri, c’est que le peuple d’Israël a le dégoût de l’exil **. Alors l’exil est complètement repoussant et il est superflu : la lumière générale, tout ce que nous avons acquis pendant que nous étions en exil, et qui est désormais marqué du sceau particulier d’Israël, revient jaillir de notre propre puits spécifique dans toute sa puissance, de nouveau nous la recevons par le puits d’Israël **, et la lumière du Messie, qui rassemble les éloignés, commence d’apparaître **. La voix des pleurs amers de Rachel, qui se lamente pour ses enfants, s’adoucit sous l’afflux des consolations, et le prophète décrit ceci :

Une voix retentit dans Rama, une voix plaintive et des sanglots amers, c’est Rachel qui pleure pour ses enfants, qui ne veut pas se laisser consoler pour ses fils qui ne sont plus”   [Jérémie 31, 15].

Mais ces pleurs amers, sur la dislocation de la nation et son exil, sont adoucis et consolés par l’apparition de la lumière du Messie, et par le rassemblement des exilés d’Israël ** :

“Retiens les pleurs de ta voix, et les larmes de tes yeux, car il y a une récompense à ton action, parole de l’Éternel : ils reviendront du pays ennemi ; et il y a un espoir pour ta postérité, parole de l’Éternel : tes enfants reviendront dans leurs frontières”     [ibid. 16-17]

La créativité de la vie particulière [d’Israël], à l’heure où nous redevenons israéliens, dans toute sa lumière et son entité particulière, quand tout se reconstitue en une seule entité israélienne, nourrie de la rosée de richesse universelle du Grand parmi les géants ** Avraham notre père. Ce qui existait chez lui en tant qu’individu se retrouve chez nous en tant que peuple. C’est ainsi que nous ne perdons pas notre caractère universel, mais nous le recevons par notre courant particulier  la bénédiction d’Abraham ‒ “par toi seront bénies toutes les familles de la terre” [Genèse 12, 3] revient se dévoiler précisément grâce à ce retour.

Avraham notre père a reçu l’ordre divin :

Va-t’en pour toi de ton pays, de ton lieu de naissance et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai, et Je ferai de toi une grande nation, Je te bénirai et Je ferai grandir ton nom. Sois une bénédiction !”  [Genèse 12, 1-2] :

C’est précisément par son départ pour la terre d’Israël que s’est réalisée la bénédiction :

Par toi seront bénies toutes les familles de la terre”.   [ibid. 3].

De même nous aussi, peuple d’Israël, nous devons revenir à notre terre pour y être “une grande nation”, et pour devenir grâce à cela une bénédiction pour l’humanité entière. Car plus nous sommes israéliens, plus nous sommes universels, et c’est précisément de cette manière que nous avons le pouvoir d’amener la bénédiction sur l’humanité entière :

“‘Sois une bénédiction’ – on conclut par toi **”   [Pessahim 117b].


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