VI – Le Grand Appel


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Traduction simple :

(Publié dans l’almanach ‘Erets Hatsevi’ pour l’année 5668 (1907-1908) édité par l’institution ‘Chaaré Thora’ dans la sainte ville de Yafo) 

L’inéluctabilité est le leitmotiv le plus répandu dans le monde. Et c’est justement cette voix populaire qui se transformera en voix du Tout-Puissant par l’action des sages de cœur et des saints de la pensée, c’est justement le serpent qui se transformera en bâton de Dieu, par lequel seront réalisés des miracles et des prodiges pour qu’on sache que la Terre est à Dieu. L’inéluctabilité, l’inéluctabilité de la vie et l’amertume de ses tribulations, amènera au monde la lumière divine. L’inéluctable rendra les cœurs capables de recevoir la grande lumière du rayonnement de la foi dans toute la splendeur de sa majesté. 

La chose se présente comme si le monde était sur le point de s’écrouler, de s’abîmer et de se dissoudre sous l’effet du reniement grossier, de ce monstre flétri, desséché et cruel qui pèse sur lui. 


TEXTE HÉBREU ORIGINAL


Traduction avec commentaire :

Publié dans l’almanach ‘Erets Hatsevi’ pour l’année 5668 (1907-1908) édité par l’institution ‘Chaaré Thora’ dans la sainte ville de Yafo. Publié d’abord en 1907 dans l’agenda du Talmud Thora ‘Chaaré Thora’, le Grand Appel fut republié plus tard en 1921 dans la première édition du livre ‘Orot’.

L’‘inéluctabilité’ est le leitmotiv le plus récurrent dans le monde. Tout le monde parle des lois physiques sous-jacentes à l’existence, et des processus déterministes inéluctables qui par principe ne dépendent pas de notre volonté ni de nos libres choix. Ainsi par exemple, le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel a parlé de processus spirituels dialectiques qui animent l’histoire et l’univers entier ; quant à Karl Marx, il a parlé de matérialisme historique et il a prétendu que les forces agissantes dans l’histoire ne sont pas spirituelles mais économiques. “Que tu le veuilles ou que tu ne le veuilles pas, il n’y a pas le choix, cela doit forcément arriver”

Et c’est précisément cette voix populaire vile et malfaisante, qui parle d’inéluctabilité et de déterminisme, qui se transformera en voix du Tout-Puissant par l’action des sages de cœur et des saints de la pensée, des talmidé hakhamim éminents, qui se saisiront de la notion d’inéluctabilité pour en faire un emploi plus élevé, c’est précisément le serpent qui se transformera en bâton de Dieu, c’est précisément la compréhension déterministe qui se renversera finalement pour le bien, par lequel – par le ‘bâton de Dieu’, c’est-à-dire par la notion d’inéluctabilité après qu’elle aura été purifiée, précisément par elle seront réalisés des miracles et des prodiges pour qu’on sache que la Terre est à Dieu, et de là augmenteront la foi et la connaissance de Dieu, après que tous verront comment le Saint-Béni-Soit-Il agit dans le monde par la voie d’inéluctabilités diverses et variées.

L’inéluctabilité, l’inéluctabilité de la vie, – “Tu as été créé malgré toi, tu es né malgré toi, et tu vis malgré toi” [Pirké Avot 4, 22], et l’amertume de ses tribulations, le sort difficile qui est le lot de beaucoup de monde à la surface de la Terre est justement l’inéluctabilité qui amènera au monde la lumière divine, puisque ce sont les problèmes et les tribulations qui purifient l’homme et l’entraînent vers le haut, en fonction du principe : “Les épreuves érodent toutes les fautes de l’homme” [Berakhot 5a]. Et de quelle manière ? L’inéluctable brisera la dureté du cœur, et partant rendra les cœurs capables de recevoir la grande lumière du rayonnement de la foi dans toute la splendeur de sa majesté. Ce sont ces épreuves qui nous amèneront finalement à la liberté suprême de la foi parfaite.

Expliquons un peu ces choses. C’est que pendant la longue période de l’exil, le peuple d’Israël ne s’est pas pas occupé d’étudier la foi [émouna]. Et :

“À cause du manque de recherche de la connaissance de Dieu, et du relâchement dans ce domaine, des épines ont poussé dans le champ intérieur des représentations de l’homme, et dans tous les concepts requis pour son accomplissement par rapport à la Thora et au Nom divin”.  [Maamaré Haréaya p.84]

Ainsi s’est créée une situation dans laquelle les mitsvot ne sont pas accomplies par adhésion profonde et par sentiment d’appartenance, mais de manière mesquine et en se mentant à soi-même, à cause de l’habitude acquise avec les années, comme le dit le verset : “Quand ce peuple s’avance, il Me glorifie de sa bouche et de ses lèvres, mais son cœur est loin de Moi et leur crainte de Dieu n’est qu’une leçon apprise des hommes”.  [Isaïe 29, 13]

“L’amour a cessé à cause de la pauvreté du savoir, et à cause de la sécheresse du ressenti l’affection s’est arrêtée. Parce que l’amour s’est aboli, l’impiété est sortie pour couper les liens de la crainte devenus trop pesants, et n’a trouvé à le faire qu’au moyen de dénégations marquées par la méchanceté et l’ignorance.”  [Igrot Haréaya I, p.193]

C’est à cause de cela que le reniement de la foi et l’hérésie sont venues au monde.

“Le fait que la foi soit comprise de façon dénaturée, mesquine et obscure a permis au reniement de lever la tête.”  [Middot Haréaya, section ‘émouna’ § 28]

“Le reniement se renforce, et avec lui ‘l’effronterie se multipliera’ [Sota 49b], et le reniement se revêt d’arrogance pour exiger des explications d’Israël”.  [Maamaré Haréaya p.486]

En d’autres mots, c’est le rapetissement de la foi qui cause le reniement, et c’est le reniement qui aménage le chemin de la foi dans toute sa grandeur. En effet, ces renégats renient une foi rapetissée et superficielle, et des conceptions enfantines et sans profondeur, et en vérité ce qu’ils ils recherchent au fond, c’est une émouna grande et profonde. C’est donc un déclin qui annonce un renouveau, c’est cela la profondeur du projet divin dans le processus du reniement de la foi…

Cependant, sous l’enveloppe apparente du reniement, la chose se présente comme si le monde était sur le point de s’écrouler, et en vérité l’origine de tous les problèmes se trouve bien dans le reniement ! “Tous les malheurs du monde… ne viennent que de l’incapacité à contempler d’un regard clair la grandeur divine” [Orot p.125], de sorte que c’est l’égarement dans tout ce qui touche au concept du Divin qui entraîne toutes les autres aberrations, les malheurs et les épreuves. La chose se présente comme si le monde était sur le point de s’abîmer et de se dissoudre sous l’effet du reniement grossier (le reniement n’est pas porteur d’indépendance et de liberté, comme certains font l’erreur de le penser, mais au contraire il accable l’homme, étouffe sa vie et oppresse son esprit), de ce monstre usé, desséché et cruel qui pèse sur lui. C’est un ‘monstre usé’ et rebattu, parce que nous entendons ses idées depuis des milliers d’années ; c’est un ‘monstre desséché’ parce que tout son propos n’est que de dénier et encore dénier, mais sans proposer aucune valeur ni aucun idéal, il est vide de tout contenu et n’a absolument rien à donner ; c’est un ‘monstre cruel’, il est cruel avec l’homme parce qu’il lui dérobe tout le contenu positif de sa vie.

Et pourquoi la foi apporte-t-elle le bonheur à l’homme, alors que le reniement lui cause une souffrance sans fin ? La flamme divine s’allume à l’intérieur du cœur, la foi brûle dans le cœur de l’homme, dans l’intimité de tout esprit et de toute vie, elle est bouillonnante de vie et s’étend à tout lieu de vie, elle fait de grandes vagues, plus agitées que toutes les vagues de la mer. Elle s’élance vers les cieux – et s’occupe d’idéaux supérieurs et éternels – et descend dans les abîmes, dans les chambres particulières de tout esprit et de toute vie, elle guide l’homme dans tous les comportements de sa vie quotidienne. La émouna est donc comme “une échelle posée à terre dont le sommet touche le ciel” [Genèse 28, 12].

Et en face d’elle se tient le sinistre reniement, le vieux serviteur flétri, fils de l’esclavage le plus méprisable –