Lettre sur la techouva du Rav Kook : la techouva est avant tout une certitude

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Rav Kook, Igrot II, # 378, p. 36

D’abord et avant tout doit venir l’explication générale de ‘l’assurance de la techouva’ , de la paix intérieure et de la joie intense dont doit se parer la personnalité de quiconque a l’âme éclairée par la lumière de la techouva. Et en même temps, il faut montrer de manière claire comment cette joie authentique, ce contentement venant d’une splendeur sainte, ne brisent aucunement la crainte de Dieu, et n’affaiblissent en rien l’éveil de la conscience suscité par toutes sortes d’images de la ‘crainte inférieure’ ; au contraire, ils développent encore la tendance native à l’évitement du mal et à l’empressement vers le bien. Et en plus de cela, la grandeur suprême d’une bonté radieuse de lumière originelle emplit toutes les chambres de l’âme d’une assurance puissante, au point qu’avec une force sans faille et avec l’âme dans sa plénitude retentit un chant de sainteté originel qui proclame avec splendeur et vitalité pleine : “C’est Lui qui pardonne toutes tes fautes, qui guérit toutes tes souffrances, qui sauve ta vie de l’abîme, qui te couronne de bonté et de miséricorde, qui assouvit de bien ta beauté – ta jeunesse se renouvelle comme l’aigle”.

La confiance en soi se renforce ; la joie, l’allégresse, un rayonnement édénique prennent leur essor, de sorte que l’âme commence de ressentir, d’un sentiment pur, profond et raffiné, comment toutes les fautes intentionnelles à tous les niveaux, et à plus forte raison les erreurs de toutes sortes, se transforment en mérites complets ; comment un profit considérable et une grande richesse se découvrent à partir de dépôts d’obscurité : “Mon âme se réjouira en l’Éternel, elle jubilera dans son salut, tous mes membres diront : Éternel, qui, comme Toi, sauve l’indigent de plus fort que lui, et le pauvre et le miséreux de son spoliateur ?”

La connaissance se hisse jusqu’aux hauteurs infranchissables du monde supérieur, le monde des racines existentielles dans leur forme naissante, dans leur enchantement suprême, et le renversement de toutes les fautes et les iniquités commence avec la progression de la volonté vers le bien et vers le Divin, avec une manière de vivre qui afin de prendre le chemin de la vie, celui qui amène bénédiction et joie éternelle dans toute la Création : “Il projette [le grondement de sa voix] sous tous les cieux, et sa lumière jusqu’aux confins de la terre”. Et sous l’effet de la techouva, tout se met à chanter le chant d’Adam le premier homme, un poème chanté pour le jour du Chabbat : “car Tu me combles de joie, Éternel, par tes actes ; je chanterai les œuvres de tes mains”. 

Toutes ces choses dans leurs détails doivent être amenées à leur réalisation, et adaptées à tous les niveaux, afin de faire remonter de toute sorte de chute tout individu du peuple d’Israël, peuple aimé, peuple saint, de quelque endroit que ce soit, des pires bas-fonds de la terre, ceux de l’action comme ceux de la pensée, jusqu’à la dernière extrémité, afin de le ramener vers la lumière de la vie. Et ce retour doit se faire uniquement dans la joie et l’allégresse, sans passer par aucune tristesse, avec un esprit opiniâtre et une bravoure de tonnerre, sur les chemins remblayés et épierrés de la sainteté, sous l’impulsion du scintillement dévoilé du jour de la Rédemption, qui se révèle à nous en tout temps dans le pays de la vie par le ‘dévoilement de la fin’ des montagnes d’Israël dont la terre est travaillée et ensemencée, qui portent leurs fruits et leurs branches pour le peuple de l’Éternel à sa quête. Pour éclaircir suffisamment toutes ces notions, il faut y consacrer du temps avec sérieux et disponibilité, afin de déblayer toutes les traverses qui encombrent chemin, et de faire surgir les lumières sous-jacentes à toutes les ténèbres spécifiques. 

Si un homme venait renouveler des enseignement importants concernant la techouva en notre temps sans fixer son regard sur le ‘dévoilement de la fin’, sur le rayonnement de la lumière du salut, il ne pourra pas expliquer quoi que ce soit selon la véridicité de la Thora de vérité, car chaque époque éclaire selon son caractère. Et c’est le projet divin qui a fait survenir la lumière de la Délivrance enfouie dans le secret des dissimulations. Comme nous voyons de nos yeux, la Délivrance est entourée d’une foule de plaies d’indigents de la connaissance souffrant de maladies de l’esprit ! Bien sûr ils ne serviront à rien, tous les calculs qui montent au cœur de l’homme, car ses pensées sont vaines contre le projet divin suprême qui a dicté le bien sur Israël, d’instaurer une lumière de Délivrance et un chemin de vie pour le reste de son peuple, dont tous dans l’avenir reviendront de leurs fautes”. 

Toute faiblesse de caractère, pleutrerie, découragement ou lâcheté disparaîtra complètement. Un esprit d’initiative, source d’inspiration salutaire et de délectation divine, fait de grandeur d’âme, d’ouverture d’esprit et de solide rationalité, prendra place dans le cœur de tous ceux qui s’approcheront de l’Éternel sur la montagne sainte afin d’y faire s’épanouir la Rédemption, en élevant la vie au niveau du courage divin qui annonce la création de toute une légion d’âmes prêtes à l’œuvre de la Délivrance et du salut véritable, marchant d’exploit en exploit par la force de la Droite suprême.

 


TEXTE COMMENTÉ :

Dans la Lettre # 378, écrite à son élève le Rav Yaakov Moché Harlap, le Rav notre maître explique ce qui justifie à ses yeux d’écrire un nouveau livre consacré à la techouva, alors qu’il existe déjà de nombreux ouvrages sur ce sujet. La lettre est datée du 1er  Eloul 5671 [1911]. Cependant, de nombreuses années passeront avant que le livre Orot Hatechouva soit finalement publié en 5685 [1925].

Le Rav lui-même écrit : “Quant au fascicule sur la techouva, mon désir est immense de le mettre au point et de le rédiger comme il faut, mais les difficultés s’amoncellent du fait de l’extrême importance du sujet. En particulier, il m’est très difficile d’expliquer et d’estimer jusqu’à quel point faire descendre les secrets du monde, et et où est la limite du ‘manteau ancien’”.

[L’expression ‘le manteau ancien’ est tirée du verset : “Mais son gain et ses salaires impurs (ceux de la ville de Tyr) seront consacrés à l’Éternel ; ils ne seront ni entassés ni mis en réserve, les profits de son trafic seront destinés à ceux qui siègent devant l’Éternel, pour manger à satiété et pour le manteau ancien” – Isaïe 23, 18 – la Bible du Rabbinat traduit : “pour se vêtir de façon somptueuse” – NdT]. 

La Guémara essaye d’expliquer le sens de cette expression : “Qu’est-ce que le ‘manteau ancien’ ? – c’est ce qui recouvre les choses qu’a recouvertes ‘l’Ancien des jours’ [le Saint-Béni-Soit-Il]. Et quelles sont-elles ? – les ‘énigmes de la Thora’ ! Et certains disent : c’est ce qui découvre les choses qu’a recouvertes par ‘l’Ancien des jours’ ; et quelles sont-elles ? – les ‘saveurs de la Thora’” [Pessahim 119a]. 

C’est-à-dire que les secrets qui doivent rester cachés sont appelés ‘énigmes de la Thora’, et les secrets qu’il faut révéler sont appelés ‘saveurs de la Thora’. La frontière entre les ‘énigmes de la Thora’ et les ‘saveurs de la Thora’ est des plus ténues, et c’est ce qui fait peur au Rav ! Il écrit cependant dans la suite : “‘L’Éternel est Dieu, et Il nous éclairera’ [Psaumes 118, 27] dans son chemin, qui est le chemin du Divin’ [de sorte que je ne découvrirai pas, à Dieu ne plaise, ce qui doit rester recouvert]”.

Et quel est le grand secret enfoui dans la techouva ? – D’abord et avant tout doit venir l’explication générale de ‘l’assurance de la techouva’ , de la paix intérieure et de la joie intense dont doit se parer la personnalité de quiconque a l’âme éclairée par la lumière de la techouva.

Avant toute chose, il faut expliquer que la techouva donne à l’homme assurance, sérénité, joie et force, à l’opposé de ce que les gens pensent à tort, que la techouva rétrécit l’homme, qu’elle l’affaiblit et qu’elle amenuise ses capacités. Ce n’est pas du tout le cas ! Certes, celui qui fait techouva reconnaît ses fautes, mais il n’est pas brisé pour autant. Au contraire, il doit se remplir de ‘l’assurance de la techouva’. Il doit être assuré de sa capacité à réparer ce qui est tordu et finalement de faire techouva, avec ce résultat de le remplir de sérénité, de joie et de force.

(Les Grands d’Israël connaissaient ce grand secret, mais ils ne l’ont pas dévoilé au large public parce que le temps n’était pas encore venu de révéler ce secret. En effet, en exil nous étions brisés et écrasés, et de ce fait le service divin était reposait sur un fond de brisure. Mais dans nos générations, quand nous revenons sur notre terre dans l’indépendance et la tête haute, il n’y a plus besoin d’une techouva qui brise, mais seulement d’une techouva qui fortifie, qui donne de l’énergie et de la vaillance !)

Voilà donc ce qui vient ‘d’abord et avant tout’ : il faut expliquer que la techouva fait acquérir de l’assurance, de la sérénité, de la joie et de la force. Et en même temps, il faut montrer de manière claire comment cette joie authentique, ce contentement venant d’une splendeur sainte, ne brisent aucunement la crainte de Dieu – il n’y a aucune contradiction entre la joie de la techouva et la crainte que l’on ressent devant la Divinité, et n’affaiblissent en rien l’éveil de la conscience suscité par toutes sortes d’images de la ‘crainte inférieure’ (celle qui détourne l’homme du mal par la peur du châtiment et des épreuves, à l’opposé de la ‘crainte supérieure’, qui l’en détourne pour la seule raison que c’est le mal, par la crainte révérencielle dont l’homme est rempli devant le Maître du monde, la crainte de la grandeur sublime éprouvée devant le Saint-Béni-Soit-Il). Au contraire, ils développent encore la tendance native à l’évitement du mal et à l’empressement vers le bien. Dans toute action il y a un côté extérieur-factuel, et un côté intérieur-spirituel. Également dans la ‘tendance à l’évitement du mal’ et dans celle à ‘l’empressement vers le bien’, il y a un côté ‘extérieur-factuel’, quand l’homme s’écarte du mal et fait le bien dans ses actes, et un côté ‘intérieur-spirituel’, quand il éprouve le désir ardent de s’écarter du mal et de faire le bien. Et lorsque cet homme ressent une ‘joie authentique’, un ‘contentement venant d’une splendeur sainte’, cela développe sa ‘tendance native’, c’est-à-dire le noyau intérieur-primordial-spirituel des qualités morales d’évitement du mal et d’empressement vers le bien.

Et en plus de cela, à côté de la crainte révérencielle qui accompagne la techouva, la grandeur suprême d’une bonté radieuse de lumière originelle, de la techouva, emplit toutes les chambres de l’âme d’une assurance puissante, d’une confiance dans la possibilité de réparer, d’une confiance que la techouva n’est ni étrangère à l’homme ni éloignée de lui, “car cette chose est très proche de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour l’accomplir” [Deutéronome 30, 14], au point qu’avec une force sans faille et avec l’âme dans sa plénitude retentit un chant de sainteté originel, un ‘chant de sainteté’ qui jaillit de la source intérieure suprême de l’âme, qui proclame avec splendeur et pleine vitalité : “C’est Lui qui pardonne toutes tes fautes, qui guérit toutes tes souffrances, qui sauve ta vie de l’abîme, qui te couronne de bonté et de miséricorde, qui assouvit de bien ta beauté – ta jeunesse se renouvelle comme l’aigle” [Psaumes 103, 3-5] ; un chant puissant émerge de l’âme pour dire qu’il est possible de réparer, qu’il est possible de guérir, qu’il est possible de se regénérer !

La confiance en soi se renforce ; la joie, l’allégresse, un rayonnement édénique prennent leur essor, de sorte que l’âme commence de ressentir, d’un sentiment pur, profond et raffiné, comment toutes les fautes intentionnelles à tous les niveaux, et à plus forte raison les erreurs de toutes sortes, se transforment en mérites completsVoilà la grande originalité de la techouva : non seulement l’homme peut se délivrer de son mauvais passé, non seulement il peut faire disparaître ses mauvaises actions comme si elles n’avaient jamais existé, mais il peut même transformer tout cela en bien ! L’homme peut transformer en énergie positive l’énergie négative qu’il a investie dans la faute et le péché ! – comment un profit considérable et une grande richesse se découvrent grâce à la techouva à partir de dépôts d’obscurité, de toutes ces chutes terribles et désespérantes : “Mon âme se réjouira en l’Éternel, elle jubilera dans son salut – quand un homme fait techouva, il se réjouit d’être sauvé de la faute et d’échapper à l’obscurité, tous mes membres diront – le corps entier dira : Éternel, qui, comme Toi, sauve l’indigent de plus fort que lui, et le pauvre et le miséreux de son spoliateur ?” – c’est-à-dire : le penchant au mal est plus fort que moi et me vole ma vie, mais grâce à la techouva, j’en suis délivré !

Et non seulement le sens spirituel se réveille et se remplit d’énergie et de joie, mais la connaissance se hisse – en conséquence de la techouva.  La connaissance atteint son sommet, son origine suprême, la source de toutes les consciences. Et plus elle s’élève, plus elle se charge d’énergie jusqu’aux hauteurs infranchissables du monde supérieur, et se hisse jusqu’à des notions et des connaissances suprêmes ; le monde des racines existentielles dans leur forme naissante, comme elles sont dans le monde de l’Émanation. Car même si dans les actes certaines existences sont bonnes et d’autres mauvaises, à leur racine toutes les existences sont bonnes ! (Et c’est de cette façon que même les transgressions volontaires deviennent des mérites, car la techouva par amour ramène tout à sa racine). La techouva permet à l’intelligence de se libérer et de s’élever progressivement, de saisir les choses à leur racine la plus élevée, pure et proche de leur émanation, sublime, abstraite et céleste, dans leur charme suprême – parce que dans le monde de l’Émanation, tout est charmant.

Et le renversement de toutes les fautes et les iniquités – le long processus par lequel les fautes volontaires et involontaires se transforment en mérites – commence avec la progression de la volonté vers le bien et vers le Divin, avec une manière de vivre qui amène bénédiction et joie éternelle dans toute la Création : “Il projette [le grondement de sa voix] sous tous les cieux, et sa lumière jusqu’aux confins de la terre” [Job 37, 3]. Tel est donc le processus de la techouva supérieure : une élévation préalable de l’intelligence, puis une élévation de la volonté.

Et sous l’effet de la techouva, tout se met à chanter le chant d’Adam le premier homme, un poème chanté pour le jour du Chabbat”. Le Midrach décrit Caïn “se retirant de devant l’Éternel” [Genèse 4, 16]“joyeux… Adam le rencontra et lui dit : ‘que va-t-on faire de ton jugement ?’ – Il lui répondit : ‘J’ai fait techouva et je me suis calmé’. Adam commença de se frapper le visage, il dit : ‘Si grande est la force de la techouva, et je ne le savais pas ?!’ – Aussitôt il se leva pour dire : ‘Poème chanté du jour du Chabbat’”, (…) “car Tu me combles de joie, Éternel, par tes actes ; je chanterai les œuvres de tes mains” [Psaumes 92, 1 et 5]“Comme tes œuvres sont grandes, Éternel, infiniment profondes tes pensées, l’homme ignorant ne le sait pas, et le sot ne le comprend pas ; (…) le juste fleurit comme un palmier, il grandit comme un cèdre du Liban” [Ibid. 6-7 et 13]. La techouva est comme une floraison extraordinaire. Tel est le chant de techouva d’Adam, telle est la techouva dont la génération a besoin, et c’est cette réalité extraordinaire que le Rav veut expliquer dans son livre Orot Hatechouva.

Bien entendu, les paroles générales et abstraites ne suffisent pas, il ne suffit pas de dire que la techouva met l’homme en confiance, qu’elle lui donne la sérénité, la joie et la force, mais il y a besoin d’une formation pratique au niveau individuel. Toutes ces choses dans leurs détails doivent être amenées à leur réalisation, et adaptées à tous les niveaux, de sorte qu’elles soient adaptées à tout homme, afin de faire remonter de toute sorte de chute tout individu du peuple d’Israël, car il y a celui qui chute dans ses pensées et celui qui chute dans ses actions, celui qui chute dans ses relations avec son prochain et celui qui chute dans sa relation à Dieu, celui pour qui la chute est générale et celui pour qui elle se limite à un aspect particulier, et chaque type de chute appelle un traitement spécifique.

C’est que nous sommes un peuple aimé, un peuple saint, et nous ne désespérons d’aucun homme d’Israël ! Tous peuvent remonter et se redresser – de quelque endroit que ce soit, des pires bas-fonds de la terre, des endroits les plus bas, les plus obscurs et les plus corrompus, ceux de l’action comme ceux de la pensée, jusqu’à la dernière extrémité – tous ceux-là on peut les faire remonter – afin de le ramener vers la lumière de la vie. Et ce retour doit se faire uniquement dans la joie et l’allégresse, sans passer par aucune tristesse (sans se briser et sans s’abaisser), avec un esprit opiniâtre et une bravoure de tonnerre, sur les chemins remblayés et épierrés de la sainteté. Telle est la grande originalité du livre Orot Hatechouva.

Et d’où prendrons-nous la force d’élever toute la génération ? – sous l’impulsion du scintillement dévoilé du jour de la Rédemption. Le ‘jour de la Rédemption’ n’est pas encore arrivé, mais des étincelles s’en détachent déjà. En effet, c’est lui qui se révèle en tout temps dans le pays de la vie, et il nous envoie en permanence des étincelles. De quelle manière ? – par le ‘dévoilement de la fin’ des montagnes d’Israël dont la terre est travaillée et ensemencée, qui portent leurs fruits et leurs branches pour le peuple de l’Éternel à sa quête. Comme le dit Rabbi Abba“Il n’y a pas de signe plus évident de la fin de l’exil que celui mentionné dans le verset : ‘Et vous, montagnes d’Israël, vous donnerez vos branches et vous apporterez vos fruits à mon peuple Israël, car il est près de revenir’ [Ézéchiel 36, 8]” [Sanhédrin 98a] ; “Quand la Terre d’Israël donnera généreusement ses fruits, alors la fin de l’exil sera proche, et il n’y en a pas de signe plus évident” [Rachi sur place]. Pour éclaircir suffisamment toutes ces notions, il faut y consacrer du temps avec sérieux et disponibilité, afin de déblayer toutes les traverses qui encombrent le chemin, et de faire surgir les lumières sous-jacentes à toutes les ténèbres spécifiques. 

Si un homme venait à proposer des nouveautés sublimes concernant la techouva de notre temps sans porter son regard sur le ‘dévoilement de la fin’, sur la lumière du salut rayonnant, s’il essaie d’amener la génération à faire techouva en se cachant la réalité environnante, il passerait complètement à côté de la ‘véridicité de la Thora de vérité’, parce qu’un tel homme ne reconnaîtrait pas la réalité telle qu’elle est, il ne verrait pas que ces générations sont les générations de la Délivrance puisque la Terre donne généreusement ses fruits et que le peuple d’Israël revient sur sa Terre ; et il va de soi qu’il “passerait complètement à côté de la ‘véridicité de la Thora de vérité’”, car chaque époque éclaire selon sa caractéristique propre. En effet :  “À chaque génération c’est une autre attribut divin qui ressort (pour diriger le monde), et cela fait changer les tendances naturelles” [Gaon de Vilna, Éven Cheléma 11, 9]. Chaque génération a ses propres défis et ses propres missions, et puisque la nôtre se caractérise par le temps de la délivrance et du salut, on ne peut pas lui donner une formation de Thora correspondant à une autre génération. C’est pourquoi la techouva du temps de la Délivrance ne ressemble pas à celle du temps de l’exil !

Et c’est le projet divin qui a fixé de faire survenir la lumière de la Délivrance enfouie dans une enveloppe de dissimulations, “cachée dans l’escarpement de la montée” [Cantique des Cantiques 2, 14] comme nous le voyons de nos yeux, et affublée d’afflictions de maladies, de malheurs et de problèmes de simples d’esprit atteints de maladies spirituelles. Bien sûr, tous les calculs qui viennent à l’esprit de l’homme, dont les pensées sont vaines, ne pourront rien contre la suprême sagesse divine qui a pris la défense d’Israël, afin de mettre en activité la lumière de la Délivrance et le chemin de la vie pour les rescapés de son peuple, tous voués à revenir de leurs fautes. Au bout du compte, tous feront techouva, même les plus grands malfaiteurs.

Toute faiblesse de caractère, pleutrerie, découragement ou lâcheté disparaîtra complètement. Un esprit d’initiative, source d’inspiration salutaire et de délectation divine, fait de grandeur d’âme, d’ouverture d’esprit et de solide rationalité, prendra place dans le cœur de tous ceux qui s’approchent de l’Éternel sur la montagne sainte afin d’y faire s’épanouir la Rédemption – car cet esprit qui agrandit le cœur élargit la connaissance et affermit la pensée – en élevant la vie au niveau du courage divin qui annonce la création de toute une légion d’âmes prêtes à l’œuvre de la Délivrance et de la libération véritable, marchant d’exploit en exploit par la force de la Droite suprême.

Dans les premiers chapitres, le Rav expliquera ce qu’est la techouva de façon analytique-théorique-intellectuelle. Ensuite, à partir du chapitre 13, il l’expliquera de façon pratique, concrète, sur le terrain.