Techouva / repentir / retour / réponse

1 –  La techouva : de quoi parle-t-on ?

La techouva est généralement perçue comme un processus a posteriori de repentir, c’est-à-dire comme un mouvement spirituel de l’homme allant du bas vers le haut, et spécifique au domaine religieux : commettre une faute est une chose grave, mais ce n’est pas irréversible, il est possible et nécessaire de se relever. Mais bien sûr il eût mieux valu ne pas fauter, et ne pas avoir besoin de la techouva. Cependant, le Rav Kook nous donne de la techouva une approche toute différente, inspirée de la Kabbale. D’abord la techouva n’est pas un élan humain montant vers Dieu, mais à l’inverse elle émane du Divin et descend vers nous. Le Saint-Béni-Soit-Il ferait-il Lui-même techouva ? C’est une affirmation étonnante que nous allons essayer de comprendre.

2 – Le retour du Créateur vers le monde créé

Dieu est le créateur du monde. ‘Créer’ en hébreu se dit ‘bara’, et ce mot dérive de la racine ‘bar’ qui veut dire ‘extérieur’. C’est-à-dire que le monde créé devient extérieur au Divin, et qu’il se retrouve alors séparé de sa source de vie. Ceci ressemble à la situation du nouveau-né, dont tous les besoins étaient satisfaits sans aucun effort dans le ventre de sa mère, et qui se trouve brusquement expulsé de ce milieu nourricier et protecteur pour être exposé seul et sans ressources aux rigueurs du monde extérieur. Ce qui est pour la famille un heureux événement est pour lui un redoutable traumatisme, car il se trouve soudain déconnecté de sa source de vie, et il ne sait rien de ce qui va advenir de lui. Heureusement, sa maman se penche tout de suite sur lui, et le prend dans ses bras pour l’allaiter et le relier à la vie. Désormais elle sera toujours près de lui pour le nourrir, le protéger et le pousser à se développer. De la même manière, Dieu revient vers le monde après l’avoir créé, car le monde séparé de Dieu est, comme le nouveau-né, manquant et immature. Ce mouvement de retour du Créateur vers sa créature est la techouva de Dieu.

3 –  La techouva est le flux vital permanent qui alimente la progression du monde

Et ce retour du Divin vers le monde, ce flux de divinité a pour effet de faire vivre et se développer tout ce qu’il touche. Il est la source de vie qui pousse la moindre plante à se développer, la moindre fleur à se déployer. Évidemment ceci est une métaphore, pour nous dire qu’il y a un dynamisme constant dans l’existence qui prend sa source dans le Divin. Ce flux divin s’écoule dans le monde, et l’amène à progresser constamment dans tous les domaines. Non seulement la nature végétale et animale, mais tout autant le savoir humain, la science, la médecine, etc.

4 –  La techouva de l’homme

Quand ce flux rencontre l’être humain, et particulièrement un Juif, il suscite en lui des désirs d’amélioration et d’élévation spirituelle que nos Sages appellent ‘hirhourei techouva’ [‘méditations de techouva’].  Point n’est besoin pour cela de chuter au préalable, l’homme n’a pas besoin de fauter pour ‘faire techouva’, c’est-à-dire pour répondre positivement au retour du Créateur vers lui. L’homme a le devoir permanent de faire techouva, parce qu’il est appelé en permanence à progresser. La raison d’être de la techouva est la progression constante de l’existence dans son ensemble, et elle est à l’origine de toute progression dans les divers domaines de la vie universelle.

5 –  Le processus de techouva

La techouva n’est donc pas un processus a posteriori mais a priori, ce n’est pas un élan qui vient de l’homme mais un flux divin qui vient d’en-haut. Chez l’homme elle ne concerne pas que l’aspect religieux de sa personnalité, mais sa progression et son amélioration dans tous les domaines. On peut comparer la techouva au soleil qui éclaire le monde dans son ensemble, et envoie son énergie à une grande variété de processus, parfois contradictoires. Les différents récepteurs qui captent les rayons du soleil les traitent et les utilisent de toutes sortes de manières, mais dans l’ensemble ils contribuent tous à la marche du monde. De même le flux de techouva donne vie dans ce monde à une infinité de phénomènes différents voire même contradictoires, dont le but commun est de faire progresser l’univers entier vers le bien.

6 – Dimension générale et dimension particulière de la techouva

Il y a donc la techouva klalit [générale] et la techouva pratit [particulière], la première visant à l’avancement général du monde dans tous ses domaines (connaissances scientifiques, médecine, justice sociale, etc.), et la deuxième visant à la progression de l’individu dans le domaine religieux comme dans le domaine moral, physique, intellectuel, etc. Tout cela provient de la même source, et tout cela tend vers le même objectif : le dévoilement du Divin qui tend à amener le monde à sa perfection.