3.1. La Ségoula est révélée par le libre-choix


Question :

Peut-on comprendre de ce qu’on vient de dire que la foi n’est pas une option délibérée que l’homme développe en lui, mais plutôt une aptitude innée ?

Réponse :

Continuons de comparer l’aptitude à la émouna avec l’aptitude musicale. Quand un homme a cette aptitude innée, il dépend de son libre-choix qu’il la développe ou non. Ses qualités musicales ne viennent pas de ses exercices, mais de son aptitude naturelle. Sans elle, tous les efforts ne servent à rien. Quand l’homme a été créé avec une aptitude particulière, c’est au tour des efforts volontaires de la mettre en œuvre, et il en est de même pour l’aptitude à la foi. La émouna est un caractère de proximité avec Dieu. Nous avons cette nature, nous avons été créés avec ce caractère, nous sommes disposés à l’adhésion à Dieu. Pratiquement, quand la émouna s’exprime dans toutes les circonstances de la vie, tant mieux ! Mais quand ce n’est pas le cas, il faut y travailler. La foi ne devient une approche globale de la réalité que par le travail.

Question :

Si nous sommes vraiment au fond un peuple de gardiens de la foi, comment se fait-il que la réalité nous fasse voir le contraire ?

Réponse : 

Cette question se pose à propos de l’homme en général. L’homme a été créé “à l’image de Dieu”. Mais cette réalité ne ressort pas tellement dans le cours de l’histoire humaine. Pour que “l’image de Dieu” se traduise dans les faits, un effort volontaire de l’homme est nécessaire. La ségoula intérieure, l’aptitude intérieure, la personnalité intérieure, se révèlent à travers le libre-choix. Ils peuvent se révéler comme ils peuvent ne pas se révéler. Quand nous parlons de ‘ségoula’, nous voulons parler de nature profonde, et non pas de comportements extérieurs. Ceux-ci peuvent s’accorder avec la nature profonde, ou au contraire la dénier. La nature profonde de l’homme est “l’image divine” :

C’est que Dieu a fait l’homme droit.  [Ecclésiaste 7, 29]

S’il en est ainsi, comment peut-on dire :

Et les pensées de son cœur inclinent entièrement et seulement vers le mal tout le jour.  [Genèse 6, 5]

Il n’y a pas de contradiction, les deux affirmations sont fondées : la réalité du penchant au mal ne vient pas de la création divine. Le Maître du monde a créé l’homme droit. L’homme qui se trouve dans la réalité de ce monde-ci trébuche, s’embrouille et perd sa droiture, et alors il ne dévoile plus ce que Dieu a enfoui en lui. Le dévoilement de la nature humaine dépend de l’effort persévérant de l’homme tout au long des générations.


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