5. Vision globale et vision partielle de la Thora 


Chaque sage d’Israël voit la Thora de son point de vue, selon sa compréhension. Tous les sages étudient la Thora, et la Thora façonne leur mode de pensée, mais chacun a sa propre compréhension de la Thora. C’est pourquoi il existe des controverses : chaque sage voit les choses d’une manière différente, avec ses propres lunettes. Où se situe la vérité de la Thora ? Chez celui-ci ou chez celui-là ? La réponse est qu’elle est chez tous.

L’une et l’autre sont des paroles du Dieu vivant.  [‘Irouvim 13b]

On doit étudier les enseignements de tous les sages : ceux qui rendent pur et ceux qui rendent impur, ceux qui innocentent et ceux condamnent, ceux qui permettent et ceux qui interdisent. Chacun d’eux représente une variante de la Thora, et il faut les combiner toutes.

Mais Moché notre maître ne représente pas une variante particulière. Il est tout à la fois. Il n’y a pas le point de vue de Moché et un autre point de vue. Celui qui ne partage pas son avis se trouve à l’extérieur de la Thora, comme Korah’ et sa faction, que la terre a engloutis [Exode 16]. Moché représente l’ensemble de toute la Thora.

Dans toute ma maison c’est le plus digne de confiance.  [Nombres 12, 7 ; Rav Kook, Orot Hathora 1, 1]

Tout ce qu’un étudiant chevronné peut dire un jour devant son maître, tout cela a été dit à Moché depuis le Mont Sinaï.  [Midrach Vayikra Raba 22, 1 ; Nida 45a ; Berakhot 5a]

Dans la Thora, tout est ramification ou extension des paroles de Moché notre maître. Nos sages racontent que Moché demanda au Maître du monde de lui montrer Rabbi Akiba, qui expliquait toutes les halakhot dans leurs moindres détails et dans tous leurs foisonnements. Le Saint-Béni-Soit-Il dit à Moché : “Reviens sur tes pas; il alla s’asseoir au fond de huit rangées d’élèves qui siégeaient devant Rabbi Akiba, et il ne comprenait rien à ce qu’ils disaient. Moché sentit ses forces décliner. Comme il arrivait à un certain point de son discours, les élèves demandèrent à Rabbi Akiba : “Rabbi, d’où tenez-vous cela ?” Il répondit : “Cette halakha fut donnée à Moché au Sinaï”. Alors Moché se sentit soulagé [Menahot 29b]. Autrement dit, tout est contenu dans la Thora de Moché. Les choses ont été dites à Moché de façon générale, et Rabbi Akiba et les sages de toutes les générations développent ses paroles dans les détails, et dévoilent ce qui s’y trouve caché [Maharal, Tiféret Israël, §63].

Les prophètes ne font pas d’élèves au sens habituel du terme. Un homme est prophète ou il ne l’est pas. Mais Moché notre maître a des élèves, qui renouvellent ses enseignements de l’intérieur. Ses enseignements sont éternels, et leur portée est tellement générale que les élèves y trouvent la possibilité de les poursuivre. Chaque génération a ses problèmes nouveaux et ses situations nouvelles dont Moché n’a pas parlé, et plus le temps passe, plus le nombre de nouveaux problèmes s’accroît. À tous ces problèmes il y a une solution contenue dans la Thora, car la Thora est une ‘théorie’ divine globale, destinée à faire réussir l’humanité toute entière, toutes les nations, toutes les familles, tous les individus de tous les temps, dans tous les lieux et dans toutes les situations. Ceux qui se consacrent à la Thora sont tous les continuateurs de Moché notre maître. Ils appliquent ses enseignements à toutes les situations nouvelles, en les approfondissant, en les élargissant et en les subdivisant. Chaque sage porte le nom de Moché :

Moché, tu as très bien répondu !  [Chabbat 110b]

– c’est un ‘petit Moché’, comme une étincelle de Moché notre maître.


(Paragraphe suivant : 6. “Le sage est plus grand que le prophète” / 6.1 Sages et prophètes)