5.3.a- Le sens de l’épreuve

Le processus de mise en action du potentiel de l’homme n’est pas simple du tout. Il est intriqué dans une lutte avec des forces adverses. C’est la définition de l’épreuve : une situation où l’homme agit en dépit des forces adverses. C’est une éventualité dans laquelle on peut réussir ou on peut échouer. L’issue de la lutte n’est ni assurée, ni décidée, ni toute faite comme la segoula :

Le Glorieux d’Israël ne trompera pas et ne se démentira pas.  [Samuel I 15, 29]

Mais ici, l’homme éprouve ses forces pour l’emporter. Il y a ici une lutte dont l’issue n’est pas garantie. L’épreuve met l’homme au défi de faire quelque chose, non pas ‘parce que…’, mais ‘bien que…’. Il y a des gens dont les actions positives sont rendues possibles pour toutes sortes de raisons : “dans le passé je l’ai déjà fait parce que…”. Maintenant, dans l’épreuve, il me manque le ‘parce que…’. – Au contraire ! Si tu ne peux pas le faire ‘parce que…’, fais-le ‘bien que…’, c’est un acte beaucoup plus grand.

L’épreuve imposée à l’homme n’est pas au-dessus de ses forces. Il doit connaître ce grand principe : le Saint-Béni-Soit-Il ne place pas l’homme dans des situations qu’il ne puisse pas surmonter. Il faut avoir foi en Lui. Le Saint-Béni-Soit-Il ne cherche jamais à pousser les hommes à l’échec. Son but est d’élever l’homme et de le faire avancer. C’est pour cette raison qu’Il lui envoie des situations avec lesquelles il est obligé de se mesurer, et de mettre en œuvre ses ressources cachées, ce qui l’amène à s’élever [voir Midrach Raba Noah 2 ; ‘Haémek Davar’ / Berechit 22, 1].

Ceci ressemble aux exercices qu’un élève doit faire sur le sujet qu’il a étudié : ils sont composés pour que l’élève soit capable des les faire s’il met son intelligence au travail, et c’est ainsi qu’il comprend vraiment ce qu’il a appris. Écouter un enseignement théorique ne garantit pas la compréhension du sujet, tant que l’élève ne s’essaye pas à l’appliquer. Cela ne lui plaît pas toujours d’avoir à résoudre ces exercices, mais il peut et il doit le faire. Il en est de même pour les ‘exercices’ qui nous incombent dans la vie – ce sont les épreuves. Toute épreuve par laquelle le Saint-Béni-Soit-Il éprouve l’homme est signe que ce dernier peut maîtriser la situation. Le Saint-Béni-Soit-Il ne vient pas à ses créatures avec des plaintes, et Il ne veut pas les faire chuter. L’épreuve vient pour élever et non pour faire tomber.

L’homme rencontre toutes sortes de complications dans la vie , il a froid, il a chaud, il n’a pas d’argent, il n’a pas de forces, il n’a pas envie, ça le ‘casse’ et ça le dégoûte, et pourtant il doit rassembler ses forces malgré le sentiment de désespoir. Rassembler ses forces quand on n’a pas perdu espoir, ce n’est pas bien difficile. La difficulté est plutôt d’être sans espoir, et malgré tout plein d’espoir. Quand l’homme est plein d’espoir, il n’a encore rien fait. Mais la situation désespérante est une occasion extraordinaire : l’homme attendra toute sa vie d’être désespéré, et quand cette “mitsva” viendra à portée de sa main il ne la laissera pas passer. Il se réjouira du désespoir qui s’est présenté à lui, et il n’est déjà plus désespéré.

On peut considérer les difficultés de la vie de trois manières. La première méthode consiste à dire : “Il n’y a pas de problèmes, tout est lisse !”. Nos sages définissent cette méthode comme celle de l’ivrogne. À l’ivrogne le monde apparaît sans aspérités, comme il est dit :

Il jettera les yeux dans son verre et il marchera droit.  [voir Yoma 75]

“Tout est droit, tout est permis, tout est en ordre, il n’y a pas de problèmes dans le monde”.

La deuxième méthode est à l’inverse : “Tout est difficile, c’est au-dessus de nos forces, les obstacles sont trop grands, tout est perdu”.

À l’opposé la troisième méthode, qui est la nôtre, est de dire : “Il y a des difficultés, nous en sommes conscients et nous ne nous cachons pas la réalité, mais nous les combattrons et nous les surmonterons”.

Le combat avec les difficultés, la mise à l’épreuve, vient pour mettre en action les potentialités humaines. Ce n’est pas une gêne, mais au contraire c’est une aide pour l’homme. Sans mise à l’épreuve, l’homme ne peut pas découvrir ses forces qui sont cachées en lui. Et Dieu, le créateur de l’homme, connaît les forces implantées au fond de lui, et il envoie les difficultés pour les faire se révéler.

Cependant, il n’y a pas besoin de demander les épreuves, la vie nous en occasionne largement assez ; nous devons nous efforcer de les surmonter, et notre valeur sera mise en évidence. La mise à l’épreuve ne doit pas forcément accabler, mais au contraire les difficultés sont faites pour être aimées, elles constituent un défi, comme l’enfant qui saute plusieurs marche dans un sens et dans l’autre, en avant et en arrière, ou qui essaye de manger des pâtes avec une paille : quand il réussit, il est saisi d’une grande joie. Et pourquoi se compliquer la vie ? Ne peut-on pas faire la même chose simplement ? Mais quoi, l’enfant aime les difficultés, cela l’ennuie de manger sa soupe avec une cuillère tous les jours. L’enfant a de grandes forces, et il a besoin de s’en servir, de faire des efforts et de réussir. Il est interdit de réprimer les forces de l’enfant, même quand il nous semble qu’il s’en sert pour des choses stupides. Il est possible de se servir de ses forces en les orientant vers des buts plus importants. C’est la même chose pour l’homme en général. Ce sont les épreuves qui nous mettent au défi dans la vie.

C’est ainsi que le Saint-Béni-Soit-Il a créé le monde pour se faire connaître et se révéler, et Il se révèle à travers ses créatures. L’homme, qui a été créé à l’image de Dieu, se fait connaître dans le monde, et sa valeur se découvre dans sa mise à l’épreuve.

Certains explique le mot ‘nissaïon’ [‘épreuve’] à partir du mot ‘ness’ [‘étendard’] [Midrach Raba 55, 1] : qui proclame et fait hautement connaître la valeur de l’homme.


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