[Cependant], rien n’a été mis en œuvre. La mise en œuvre du potentiel, de ce qui est dissimulé dans le cœur de la nation et dans ses forces cachées, c’est la tâche qui incombe aux sages de la Génération. Dans les faits c’est une petite génération, mais en potentiel c’est une grande génération.
Cela vient contredire ceux qui prétendent que dans ‘Maamar Hador’ le Rav notre maître veut parler de la génération des fondateurs de l’État et des aliyot historiques, qui était une génération idéaliste, alors qu’aujourd’hui la situation serait différente. Or c’est une erreur. Le Rav nous dit ici : « rien n’a été mis en œuvre », mais dans la réalité la Génération est grande, et elle l’est encore plus de nos jours, car depuis 1906 les réalisations n’ont pas manqué ! L’État d’Israël a été créé. À l’époque du Rav notre maître, il n’y avait encore que quelques villages et quelques milliers de Juifs dans tout le pays, un ‘demi-cheval et un quart de poulet’… et ils étaient isolés. Mais dans ‘Maamar Hador’, le Rav considère la nation dans son ensemble.
…[c’est la tâche qui incombe aux sages de la Génération,] aux justes, aux érudits, aux orateurs, aux intellectuels et aux écrivains, auxquels viendront s’ajouter, au fil des générations, et dans une proportion croissante, des poètes inspirés par l’esprit divin soufflant sur son peuple. La création poétique est difficile à cause de son caractère naturel, parce qu’elle ne vient pas sur commande. On ne peut pas dire à un poète : “Écris un poème ! – sur quoi ? – sur les téfilines…” – non, il faut l’inspiration. Le poète écrit des poèmes sur ce qui jaillit en lui de l’intérieur, et pas de manière forcée. Le Cantique des Cantiques, par exemple, a été écrit par inspiration sainte. Si un homme ordinaire s’exprimait par écrit comme le Cantique des Cantiques, il se ferait aussitôt fustiger !
…des visionnaires, qui voient l’avenir, des prophètes, – car la prophétie doit revenir. Ainsi l’écrit le Rambam dans ‘Igrot Téman’, ainsi l’écrit le Rassag dans ‘Émounot Védéot’, et ainsi l’écrit le Rav notre maître dans Orot. « Et je susciterai des prophètes parmi vos fils » [Amos 2, 11].
… et des héros à la mesure de l’élévation à venir, étape par étape. Telle est la vocation de la yéchiva : produire des sages qui éveillent les aptitudes cachées de la Génération, le passage du potentiel à l’action, en empruntant différentes voies d’explication et de persuasion. Un tsadik n’est pas seulement celui qui donne des cours, mais c’est celui qui vit dans la ‘tsidkout’ [c’est-à-dire dans le service divin]. Ce peut être un Géant qui dit des paroles de Thora que personne ne comprend (comme on dit que c’était parfois le cas de notre maître), et qui rayonne pourtant sur les sages et sur toute la nation. Il peut y avoir des commentateurs qui savent donner de bons cours de émouna, des auteurs qui savent écrire de bons articles, et par ailleurs des génies qui, malgré toute leur grandeur, n’ont pas su le faire. Ils n’ont pas su. “Secoue-toi de ta poussière, relève-toi et prends ta place, Jérusalem !”.
Mais c’est [déjà] une réalité tangible et qui saute aux yeux, que la Lumière de l’intégrité intérieure, de la droiture universelle et de l’amour pur de la nation, dans ses fulgurances et ses éclairs de feu, se renforce et s’élève dans le cœur de la jeune génération, dans l’élite qui est en elle.
C’est pourquoi, bien qu’elle n’ait encore rien à son actif, parce que toutes les explications [qui lui ont été données] sur les chemins du judaïsme, sur toutes les choses les plus essentielles et les plus fondamentales – qui suffisent à ceux qui sont naturellement enclins au contrôle de soi, pour qui l’amollissement du cœur représente une perfection, et l’écrasement des forces un titre de gloire, [toutes ces explications] ne suffisent pas en vérité à ceux qui sont déjà remplis des forces de la jeunesse, et qui ont une place dans la substance de leur vie pour la Lumière de la droiture universelle, pour le caractère d’Israël le plus intime et le plus sublime, celui d’être une source de Lumière, celui d’apparaître rugissant comme rugissent les vagues de la mer, et d’inonder abondamment [tout ce qui l’entoure] de vie tumultueuse, comme un fleuve en crue.
