Le Rav Tsvi Yéhouda Hacohen Kook – zatsal (1891-1982)

– par le Rav Avraham Lévi Melamed – chelita.

[Il y a 35 ans, le Rav Tsvi Yéhouda Hacohen Kook zatsal quittait ce monde à Pourim. Nous donnons ici un bref rappel de sa biographie pour honorer son souvenir]


1. L’enfance

Le Rav Tsvi Yéhouda Kook, seul enfant du Rav Avraham Itzhak Hacohen Kook, naquit pendant la nuit de Pessah 5651 (1891), dans la ville de Zaumel, située dans la région de Kovno en Lithuanie, dans laquelle son père remplissait une fonction au Rabbinat.

Peu de temps après sa Bar-Mitsva, Tsvi Yéhouda émigra en Erets-Israel avec sa famille. On avait en effet proposé à son père de servir comme rabbin de Jaffa et des implantations environnantes. Il arriva en Israël le 28 Iyar, une date qui devint célèbre par la suite comme le jour de la libération de la Vieille Ville de Jérusalem. Le Rav Tsvi Yéhouda y référait comme ‘le Grand Jour’.

En l’année 5666 (1906), Tsvi Yéhouda alla étudier la Thora à Jérusalem, à la yéchiva Thorat Haïm dans la Vieille Ville. Le Rav Zerakh Epstein, qui dirigeait la yéchiva, prit le jeune Tsvi Yéhouda en amitié, et il l’autorisa malgré son jeune âge à assister aux cours qu’il donnait à des étudiants plus avancés.

Quelque temps plus tard, il retourna à Jaffa et continua d’étudier la Thora avec son père. Il participa à la création de la nouvelle yéchiva de son père à Jaffa. Cette académie voulait se situer dans l’esprit de son temps : une yéchiva israélienne dont le programme comprenait, en plus de la Thora et de la halakha, la foi religieuse [emouna] et la pensée juive. Finalement, la yéchiva dut être fermée à cause du manque d’étudiants. La vision était grandiose, mais le public était rare. L’idée de créer une yéchiva israélienne se réalisa dix-sept ans plus tard, en 5683 (1923), sous la forme d’une Yéchiva Centrale Universelle à Jérusalem.

À cette époque, le Rav Tsvi Yéhouda commença de s’occuper de l’édition et de la publication des écrits de son père. Il édita et publia un livre intitulé ‘Chabbat Haarets’ au sujet des lois de l’année chabbatique (chemita). Il publia aussi un journal de Thora intitulé ‘haTarbout haIsraelit’ (5673 / 1913), et il édita un livre du Rav Yaakov Moché Harlap intitulé ‘Tsvi Tsaddik‘ au sujet du ‘Tsaddik de Jérusalem’, Rabbi Tsvi Mikhal Shapira.

Tant qu’il habita Jaffa, le Rav Tsvi Yéhouda consacra une grande partie de son temps à assister son père. Il en conçut l’impression qu’il ne pouvait pas donner l’attention nécessaire à ses propres études. C’est pourquoi il retourna à Jérusalem, où il alla se cacher pour étudier à la yéchiva Porat Yossef. Mais là aussi, le bruit se répandit qu’il était ‘le fils du Rav’, et ses études furent de nouveau perturbées. C’est pourquoi il décida de s’exiler en Europe, pour pouvoir étudier la Thora sans être dérangé.

2. À l’étranger

En 5674 (1914), le Rav Tsvi Yéhouda arriva à Halberstadt en Allemagne, et là-bas il commença d’enseigner la Thora et le Talmud à de jeunes étudiants. L’été de la même année, le Rav Kook lui-même se déplaça en Allemagne. Son voyage avait pour but de participer à la conférence inaugurale de l’Agoudat Israël, dans une tentative de faire prévaloir dans ce mouvement l’idée qu’il fallait avoir un rôle actif dans l’entreprise sioniste. Il avait aussi l’intention d’encourager l’émigration des Juifs religieux en Erets-Israel. Mais dès que le Rav eut quitté Israël, la Première Guerre Mondiale éclata. Non seulement cela empêcha sa participation à la conférence, mais il ne put même pas retourner en Israël.

Le Rav Kook fut donc obligé de rester en Suisse, qui était un pays neutre. Son fils le rejoignit là-bas, et ils se mirent à étudier tous deux assidûment. Le Rav Tsvi Yéhouda parla plus tard de cette période en disant : “Nous avons étudié la Thora deux fois entièrement”. Puis le Rav Kook se rendit à Londres, où il fut engagé temporairement comme rabbin de la ville. Le Rav Tsvi Yéhouda resta un moment sur le continent, mais il rejoignit finalement son père à Londres, et ensuite ils retournèrent ensemble en Erets-Israel.

En 5681 (1921), à l’âge de trente ans, le Rav Tsvi Yéhouda fut envoyé à l’étranger comme émissaire du mouvement ‘Deguel Yerouchalaïm’. Fondé par le Rav Kook, Deguel Yerouchalaïm visait à attirer les Juifs religieux à la cause du sionisme, et à réunir ainsi le mouvement sioniste à sa source sacrée – Jérusalem. Au cours de cette mission, le Rav Tsvi Yéhouda rencontra la plupart des grands Talmidei Hakhamim de l’époque, et il tenta de les mobiliser en faveur du mouvement de retour à Sion.

Se basant sur la connaissance qu’il avait des Grands de la Thora de cette génération, le Rav Tsvi Yéhouda affirma plus tard, devant l’arche sainte de la yéchiva Merkaz haRav, qu’il était faux que les plus grands Talmidei Hakhamim étaient pour la plupart opposés au sionisme. Il expliqua qu’une minorité s’y opposait, qu’une minorité le soutenait, et que la grande majorité ne prenait pas position.

En 5682 (1922), à l’âge de trente-et-un ans, le Rav Tsvi Yéhouda épousa Hava Hutner, la fille du Rav Yéhouda Hutner de Varsovie. Après son mariage, il retourna en Erets-Israël.

3. La Thora d’Erets-Israel

En 5683 (1923) fut créée la ‘Yéchiva Centrale Universelle’, qui serait connue plus tard sous le nom de Merkaz Harav. Dans cette yéchiva, une partie des cours étaient donnés en hébreu, en accord avec l’état d’esprit du moment. Le programme du Merkaz Harav allait au-delà des sujets habituels de Talmud et halakha, il comprenait des cours de pensée juive et de foi religieuse [emouna]. Quant au Rav Tsvi Yéhouda, il y donnait des cours de Tanakh [Bible].

Pendant les années 5689-5693 (1929-1933), le Rav Tsvi Yéhouda se dévoua à la noble tâche de libérer les étudiants de yéchiva de Russie, et de les amener en Israël. Beaucoup parmi eux persévérèrent dans l’étude, et devinrent de grands Talmidei Hakhamim, en Israël comme en Diaspora.

Le 3 Éloul 5695 (1935), la flamme sainte s’éteignit. Le guide bien-aimé d’une génération, le plus éminent rabbin du pays d’Israël, le Rav Kook, décéda. Le chagrin provoqué par sa perte, le sentiment de vide qui en résulta, furent immenses. Le Rav Tsvi Yéhouda consacra alors toute son énergie à diffuser à travers le monde la lumière des enseignements de son père.

Il commença de publier les livres de son père, et d’abord ses travaux sur la halakha. Le Rav Tsvi Yéhouda choisit cette voie pour rappeler les débuts classiques du Rav Kook à la yéchiva de Volozhin, et pour souligner que toutes ses idées nouvelles étaient en réalité fermement enracinées dans la Thora.

Pendant environ quinze ans, le Rav Tsvi Yéhouda s’enferma avec les écrits de son père, les étudiant, les analysant, et en publiant de larges extraits. Ce furent des années de réflexion, de construction et de questionnement intérieur, qui préparèrent sa grande percée dans la révélation au monde de la lumière du Rav Kook.

En 5708 (1948), après des milliers d’années d’exil, l’État d’Israël fut créé. Le Rav Tsvi Yéhouda vit dans la naissance de l’État d’Israël le début de la réalisation des prophéties et le point de départ de la Délivrance.

4. À la tête de la yéchiva

En 5712 (1952), le Rav Yaakov Moché Harlap mourut. Le Rav Harlap avait dirigé la yéchiva Merkaz Harav depuis la mort du Rav Kook. C’est à ce moment que commencèrent d’arriver à la yéchiva les premiers étudiants du Nouveau Yichouv. Frais émoulus du Bnei-Akiva, ceux qui allaient devenir la ‘génération de la kippa srouga [kippa crochetée] se retrouvèrent face-à-face avec le monument de spiritualité qu’était le Rav Tsvi Yéhouda dans la force de l’âge, et la yéchiva changea d’orientation.

La nouvelle génération d’étudiants trouvait ce qu’elle cherchait dans les enseignements du Rav Kook, et de son disciple et dévoué représentant, le Rav Tsvi Yéhouda. La yéchiva se transforma : de yéchiva de la vieille école de Jérusalem, elle devint une yéchiva moderne, qui savait parler à la jeune génération. Les cours étaient maintenant donnés en hébreu, et l’étude de la pensée juive et celle de la foi d’Israël y trouvaientt vraiment leur place. Les livres du Rav Kook furent descendus des étagères et mis en pratique. Les enseignements devinrent une leçon vivante. La yéchiva grandissait d’année en année.

Le Rav Tsvi Yéhouda assura la direction de la yéchiva pendant trente ans. Ces années virent une génération entière d’étudiants grandir dans l’esprit de la philosophie de son père, le Rav Kook. C’était une génération de Talmidei Hakhamim israéliens, nourris à une doctrine qui combinait la Thora d’Israël, la nation d’Israël et la terre d’Israël ; une génération d’érudits qui donnaient leur importance à l’étude de la Thora d’un côté, et à l’implication dans les affaires nationales de l’autre, en prenant comme axiome la Thora de la terre d’Israël, la Thora de la Délivrance.

 5. Prédicteur du salut

Le jour de la Fête de l’Indépendance 5727 (1967), l’État d’Israël était dans une situation de grande tension avec les pays voisins. Le danger de guerre était imminent. La Fête de l’Indépendance était célébrée par une grande cérémonie à Merkaz Harav, et cette année-là le Rav Tsvi Yéhouda donna son allocution traditionnelle. Mais alors qu’il parlait, il se mit soudain a pousser des cris vibrants : “Avez-vous oublié ces territoires d’Israël qui ne sont pas dans nos mains ? Où est notre Jéricho ? Et où est notre Hévron ? Et où est notre Chekhem (Naplouse) ? Pourrions-nous jamais les oublier ?

Trois semaines plus tard, la Guerre des Six Jours éclata et, avec l’aide de Dieu, sans que personne ne l’ai projeté, Jérusalem, la Judée, la Samarie, le Golan et le Sinaï furent libérés. Les étudiants virent dans les mots du Rav Tsvi Yéhouda une sorte d’intuition prophétique.

La Guerre des Six Jours élargit les frontières d’Israël après quelques années d’existence en tant que petit pays limité, exposé à de nombreux dangers. Beaucoup y virent un pas supplémentaire dans la voie de la Délivrance.

Le Rav Tsvi Yéhouda annonça sans tarder que tous les territoires d’Israël libérés par Tsahal pendant la guerre appartenaient à Israël éternellement. “Nous sommes revenus sur notre terre”, expliquait-il, “et nous avons l’obligation de nous installer dans ces régions. Il est absolument interdit d’y renoncer. Il n’y a aucune entité au monde qui possède l’autorité d’y renoncer, car le sol nous a été donné par le Créateur du monde pour que nous nous y installions et le prenions comme patrimoine”.

Quand on lui posait la question de savoir comment Israël arriverait à la paix avec ses voisins, le Rav Tsvi Yéhouda disait que ce but serait atteint en faisant la paix entre nous, et en possédant le pouvoir et la force. C’est précisément le solide enracinement du peuple juif dans sa Terre qui lui permet d’être une lumière pour les nations.

6. Le ‘Gouch Emounim’

En 1974, après la Guerre de Yom Kippour – qui entraîna ce qu’on a appelé la ‘grande crise de la société israélienne’, fut créé le mouvement du Gouch Emounim. Ce mouvement se fixa pour but la création d’implantations juives dans les territoires vides de Judée et de Samarie. Le Gouch Emounim fut dirigé par des élèves du Rav Tsvi  Yéhouda, et bénéficia depuis le début, et pendant toute la vie du Rav, de sa bénédiction et de sa guidance. Il était maintenant le leader des pionniers des implantations, et c’est ainsi que l’idéologie du Rav Kook fut concrètement mise en pratique.

7. La fin de sa vie

Dans ses dernières années, le Rav Tsvi Yéhouda était malade, et il subit de nombreuses et difficiles opérations chirurgicales. Mais il resta fort. Même dans ses derniers jours, malade et souffrant, il n’arrêta pas de donner des cours aux étudiants de la yéchiva dans sa maison de la rue Ovadia à Jérusalem. Avec une grande abnégation, il continua d’enseigner la Thora en consacrant une attention particulière aux sources jaillissants de la ‘Thora de la Délivrance’.

À Pourim 5742 (1982), juste quelques mois avant l’évacuation de Yamit, le verset «le Juste est enlevé à cause du malheur [qui vient]» [Isaïe 57, 1] se réalisa pour le Rav Tsvi Yéhouda, et son âme monta au Ciel.

Une très large communauté de constructeurs de la Terre fut privée de son Rav et leader. Le chef spirituel du sionisme religieux n’était plus, le porte-drapeau de la lutte pour la terre d’Israël, le Rav de la génération, le Rav des pionniers des implantations de Judée, Samarie et Gaza.

8. Après sa mort

Des dizaines d’élèves du Rav Tsvi Yéhouda, dans toutes les parties d’Erets-Israel, prirent sur eux de continuer la tâche de répandre les lumières du Rav, celles de la Thora et d’Erets-Israel. c’est-à-dire une approche de la Thora qui combine la construction de la nation d’Israël avec le peuplement de la terre d’Israël, à la lumière de la Thora ; une approche qui voit les nôtres comme la génération de la Délivrance, et dirige ses pas en coordination avec le Tout-Puissant, Rédempteur d’Israël.


[Traduit de l’article “Rabbi Tzvi Yehuda Kook – A Biographical Overview”, par le Rav Avraham Lévi Melamed]

Le Rav Tsvi Yéhouda quitta ce monde le 14 Adar 5742, 9 mars 1982.

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