11. ‘Territoires soumis’ de la nation ?

Contrairement à ce qui se passe pour l’individu, la maîtrise du penchant est inappropriée à la nature même de la nation. Un individu peut décider de cesser de médire de son prochain, mais le phénomène de la médisance dans le peuple est plus grave, et il ne se change pas en un instant. Cela implique-t-il qu’il n’y a aucune réparation pour la nation ? Bien sûr qu’il y a une réparation. La nation a besoin d’éducation, mais c’est un processus qui dure des années et des générations. Une nation ne change pas en un instant.

Par exemple, il y a eu un réveil national de grande ampleur après la Guerre des Six Jours, mais ce réveil n’a pas tenu longtemps. Et avant cela, nous avons eu connaissance d’une autre flambée d’enthousiasme – celle du peuple d’Israël lors du don de la Thora. Mais finalement… “Jusqu’au Roi dans sa fête mon nard donna son odeur” [Cantique des Cantiques 1, 12] ; “Misérable est l’épousée qui se débauche au milieu du dais nuptial” [Guitin 36b]. Chez l’individu, l’enthousiasme peut tenir bon, ce qui n’est pas le cas de la nation.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il y eut une pénurie d’énergie en Europe. Les Anglais demandèrent à leurs citoyens de réduire leur consommation d’électricité, et de n’allumer l’électricité qu’un heure par jour. Comme les Anglais ont un sens civique très développé, ils se conformèrent à cette demande, ‘au nom de la patrie’. Et les Français ? Le citoyen français se dit : “Est-ce que parce que j’utilise l’électricité la nation va s’écrouler ? De plus, peu m’importent les autres”. C’est ainsi que le visage de la nation se montra à cette époque.

Quelquefois, dans les moments difficiles, les forces de la nation font irruption au-dehors, et vis-à-vis de l’extérieur, cela semble nouveau. En fait non, elles ont toujours été là, mais dissimulées. Une nation est ce qu’elle est ! On ne peut pas forcer sa nature. Bien sûr, il peut toujours venir un tyran brutal qui obligera la nation à changer ses comportements, mais ce changement tiendra le temps que ce dictateur sera au pouvoir – jusqu’à sa chute. (…)

Bien sûr, la nation peut faire techouva, mais sans raccourcis. Déjà la vraie techouva individuelle prend du temps, à plus forte raison celle de la nation. C’est une escroquerie de penser et d’enseigner que tout se fait vite. La techouva des habitants de Ninive en est un exemple [voir le livre de Jonas] : il est vrai que Dieu accepta leur techouva, puisqu’ils se repentirent instantanément et que Dieu accepte aussi une techouva incomplète. Mais ils finirent par revenir à leur nature première, et ils détruisirent le royaume d’Israël. (…)

L’état d’Israël idéal n’est pas une assemblée d’êtres humains qui craignent le Ciel seulement, mais une assemblée d’êtres humains qui sanctifient la vie matérielle – dans l’économie, dans l’armée, dans la société, dans l’administration et dans la politique. Une nation n’est pas une aventure d’individus ! Ce sont les chrétiens qui ont dit : “Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César [c’est la vie de la nation] ce qui est à César”, et béni soit Celui qui nous a distingués des égarés ! Donc la vie sociale elle aussi doit s’élever, et c’est ce qui s’appelle la ‘sanctification de la matière’.

Pour tout ce qui concerne les questions collectives, il faut aspirer dès aujourd’hui à sanctifier la matière. Pour la collectivité il n’y a pas le choix : le collectif d’Israël est tenu d’avoir une vie matérielle normale. Une nation sans richesses est perdue, car elle doit obéir aux décrets des goyim ; et de même une nation sans une armée forte est perdue.

Précisément pour cette raison, quand le Roi David envoya des soldats consoler Hanoun, le roi de Amon [qui était endeuillé], et qu’en réponse celui-ci coupa la moitié de leur barbe et de leurs vêtements, David lui déclara la guerre [Samuel II, chap. 10]. Seulement pour cette raison ? – oui ! Alors tu n’as pas le sens de l’humour ? – non. L’outrage aux soldats de David était une atteinte à la collectivité d’Israël. Donc, s’ils tirent sur toi une seule balle, rassemble contre eux toute l’armée !

Tout cela pour ce qui concerne le collectif. Mais l’individu, nous lui disons : ne te préoccupes pas trop des choses matérielles ! Un individu ne doit pas entrer en guerre pour toute offense.