Rouah hakodech / esprit du Saint, inspiration divine ; nevoua / prophétie ; aspaklaria meïra / transparence.

Le ‘rouah hakodech’, ou esprit du Saint, est une capacité propre au peuple d’Israël, qui résulte de la présence chez lui de la nechama, âme de l’être collectif d’Israël. Ce potentiel inné se doit d’être développé pour être mis à l’œuvre, sinon il reste éteint. Il y a plusieurs niveaux de mise à l’œuvre et de dévoilement de ce rouah hakodech, et l’inspiration divine peut apparaître sous différentes formes, à des niveaux différents, marquant la progression vers le plus élevé d’entre eux qui est la prophétie.

1 – Parfois elle se manifeste au niveau de l’intellect. C’est le cas du talmid hakham qui creuse une question de halakha, et qui hésite à trancher d’une manière ou d’une autre. Et voilà que son cœur le porte à incliner vers l’une des explications, alors que toutes se justifient logiquement. Cette sensation profonde est un éclairement divin qui se fait jour à travers son intellect.

2 – Parfois elle se manifeste au niveau de la volonté, comme le dit le Rambam dans More Nevoukhim (II) § 45 : il peut arriver que quelqu’un soit confronté à une situation d’injustice flagrante, par exemple un petit enfant qui se fait assaillir par une vingtaine de vagabonds armés. D’un point de vue rationnel, il n’a aucune chance de pouvoir lui venir en aide tout seul, mais il peut arriver qu’il ressente un élan profond pour aller au secours de cet enfant envers et contre tout, et que se jetant sur les agresseurs il réussisse contre toute attente à les neutraliser. Le Rambam nomme ce phénomène ‘rouah Hachem’, l’esprit divin qui s’est manifesté sur lui non pas en éclairant sa compréhension, mais en exacerbant sa volonté pour l’entraîner à un comportement de courage et de bravoure extraordinaire. C’était le cas des Juges, tels que Gédéon, Jephté, Samson, etc.

Moïse lui-même, qui est arrivé au summum de la prophétie, a dû gravir les échelons qui, d’après le Rambam, sont au nombre de onze, le premier étant celui du courage et de la bravoure. Alors qu’il était le prince d’Égypte, Moïse sort dans la rue et vit un Juif se faire battre par un Égyptien. Il pouvait évidemment se contrôler, et se dire que le mieux pour lui était d’attendre patiemment de devenir le roi d’Égypte, car alors il pourrait remédier aux malheurs du peuple juif avec tous les moyens du pouvoir. Mais il lui fut impossible de supporter cette injustice flagrante qui se déroulait devant lui, il tua le tortionnaire égyptien sur le champ et délivra le Juif. Ainsi se dévoila pour lui le rouah Hachem. Et quand nous disons qu’il ne pouvait pas supporter l’injustice qui se déroulait devant lui, cela n’empêche pas bien sûr que sa décision était le fruit de son libre arbitre, et non déterminée par sa réaction émotionnelle.

Telle est aussi aujourd’hui la situation de nos soldats qui combattent sur le champ de bataille. Ils se trouvent parfois dans des situations critiques, dans lesquelles il faut décider d’entrer dans le feu pour sauver la nation, et ils ressentent un profond besoin de le faire. Là aussi, ils pourraient penser à leur femme et leurs enfants qui les attendent à la maison et se cacher derrière un rocher pour laisser passer le danger sans que personne ne le sache, mais en prenant la décision de foncer dans la bataille ils s’élèvent au niveau de rouah Hachem.

3 – Ce rouah Hachem arrive à être mis en œuvre de manière optimale au niveau de la prophétie, qui est un état dans lequel on est le porte-parole de Dieu : quand Dieu veut transmettre un message au peuple d’Israël, il le fait par l’intermédiaire de ses prophètes. Nous venons de voir que le rouah haChem pouvait se dévoiler au niveau de l’intellect ou de la volonté, mais la prophétie nécessite un développement de l’imaginaire, en hébreu ‘dimayon’, qui s’apparente au verbe ‘ledamot’ qui veut dire : faire une analogie. Le rôle de l’imaginaire est en effet de faire des analogies entre le monde abstrait et le monde concret, il est l’intermédiaire entre le monde matériel et l’univers de la sensibilité et fonctionne dans les deux sens : on pense à un concept abstrait et on le traduit en images, ou bien on voit un objet et on en crée une représentation abstraite. Quand cet imaginaire est suffisamment purifié, il constitue une base prête à recevoir la prophétie.

Quand ces conditions sont-elles réalisées ? La Guémara dit : « La prophétie ne peut résider que chez un Sage fort et riche » [Chabbat 92a ; Nedarim 38a]. C’est-à-dire que non seulement le prophète doit avoir pleinement développé son intelligence, perfectionné ses qualités morales, et avoir un contrôle parfait de lui-même, mais il doit aussi être ‘riche’, c’est-à-dire pleinement satisfait de ce qu’il a, ignorant l’envie et débarrassé des aspects bas et vils de son imagination. Alors il peut accéder à la prophétie, ou plutôt à l’aptitude à la prophétie, car l’expérience prophétique n’est pas une démarche humaine, c’est toujours une initiative divine, entièrement dépendante de la volonté de Dieu de s’exprimer par l’intermédiaire de tel ou tel prophète.

4 – La transparence

Voir aussi la note 1.29.