8. Le caractère divin et les outils de son dévoilement

Le Rav notre maître explique que même si nous n’avons aucun besoin de la philosophie pour arriver à la foi authentique [émouna], la philosophie nous aide à expliquer la émouna à la génération, parce qu’elle s’est habituée à son langage. Voici ce qu’il écrit :

“Tel est notre raison d’être invariable et permanente, et elle n’a besoin d’aucune recherche ni d’aucune philosophie, d’aucun des artifices de ce monde pour exister et se maintenir. Tous nos développements et nos argumentations sur le plan de la connaissance et de la conscience ne visent qu’à donner un lieu et un espace [dans la pensée] à cette qualité divine qui nous est propre, afin qu’elle se déploie et se dévoile davantage, au moyen de dévoilements superficiels qui ne peuvent ressembler ni se mesurer en valeur au niveau de force et de clarté de la qualité intérieure d’amour de l’Éternel Dieu d’Israël qui est enfouie en nous”. Toutes les interprétations humaines des mitsvot faites à l’époque moderne n’arrivent pas au millième de la puissance de raisonnement qu’il y a dans la Thora. Mais “c’est précisément grâce à leur dilution, à l’atténuation de leur lumière, que nous arrivons parfois à les faire entrer dans un discours logique, et à les partager avec les esprits les plus distingués, les rescapés de l’humanité entière”.

À un petit enfant on ne peut pas parler de grands sujets ; on n’a pas le choix, il n’intègre les notions que si on les met à sa portée. Cependant il y a encore des concepts trop élevés pour qu’on puisse les rabaisser, qui ne sont régis que par la vérité absolue, et qui ne se prêtent ni à l’explication, ni aux paraboles : ce sont la volonté divine et le service de Dieu.

“Car bien qu’il puisse y avoir des hommes proches de Dieu dans tous les peuples et toutes les cultures, il est obligé que n’importe quel homme, de n’importe quelle nation, porte en lui-même les qualités propres de sa nation, mais aussi ses défauts. Il est impossible à quiconque de se soustraire complètement au cadre de la nation, qui a déjà imprimé à celle-ci un tempérament spécifique du fait même qu’elle est montée sur la scène des peuples par son histoire. C’est pourquoi l’étincelle israélite qui est en nous est vérité toute notre force et notre bonheur, toute notre richesse spirituelle et l’essence de notre vie. Le reste de notre acquis spirituel ne lui est qu’accessoire et utilitaire, et même s’il est abondant dans notre imaginaire, il est complètement négligeable et inexistant par rapport à elle au plan de la force et de la qualité. Tout comme notre richesse matérielle faite d’argent et d’or, de maisons et de palais, de pouvoir et de plaisirs royaux, n’est qu’accessoire par rapport à l’essentiel qui se révèle au centre de notre vie, dans notre intériorité” [Igrot Haréaya I, p. 43].

Il faut trouver les manières qui permettent de traduire tout ce sublime dans les détails de notre vie quotidienne. Nous ne vivons pas dans ces mondes idéaux, nous avons besoin de subsistance spirituelle dans notre existence réelle. Cependant il est important de savoir, avant de traduire les idéaux sublimes dans les détails, que la lumière divine suprême restera toujours au-delà de tout abaissement et de toute explication. C’est seulement après avoir compris cela qu’il y a une place pour une compréhension individuelle, chacun selon son niveau.

En fait, c’est seulement après que l’élaboration individuelle des idéaux sera montée à la limite de ce qu’elle peut atteindre – chaque individu s’élève selon ses possibilités de plus en plus haut, et après les représentations individuelles les plus riches, au niveau des idées et au niveau de la pratique – la traduction des idéaux dans la réalité, et après la compréhension parfaite que toute hauteur et élévation dans la représentation intellectuelle a une limite et une mesure,… dès qu’on représente, qu’on explique et qu’on définit, on impose une limite les choses, toute parole limite, tout habillage dissimule. S’il en est ainsi, peut-être vaut-il mieux ne pas parler ? – Non, il faut parler, mais il faut aussi savoir que la vérité se situe au-dessus de toutes nos paroles.

 même si dans la profondeur de l’âme humaine il y a une attirance pour ce qui est au-dessus de toute limite, supérieur à toute mesure,… – l’homme a une aspiration pour l’infini, et il faut savoir que s’occuper du ‘fini’ constitue un tremplin pour se lancer vers l’infini. “Il est impossible d’embrasser le roi lui-même, mais seulement les atours dont il est revêtu” [Tania, chap. 4] ; mais même alors on embrasse le roi lui-même.