Les idéaux les plus sublimes s’élèvent jusqu’à l’infini, jusqu’au lieu où la vision humaine se trouble – se brouille et se confond, où ni la parole ni la raison – la pensée – n’ont plus le pouvoir d’invoquer un nom particulier. Là, il n’est possible de se tenir que dans la lumière de la vérité absolue, sans aucune possibilité d’abaisser [la réalité], ni de lui imposer une quelconque limitation. C’est pourquoi on invoquera en toute vérité le nom de la transcendance absolue, qui s’élève éternellement, le nom de la Volonté de l’Éternel et du Service de l’Éternel.
On ne pourra dire que des choses générales et imprécises : “Je veux faire la volonté de l’Éternel, je veux servir l’Éternel”.
Le Rav notre maître nous a éduqués à clarifier la Thora, à l’expliquer, à la rendre lumineuse et proche. Mais une telle chose est-elle possible ? La Thora est un ‘décret’ [‘gzéra’], et le Rav notre maître nous confirme ici que les idéaux de la Thora sont un ‘décret’ qu’il est impossible d’expliquer, que notre intelligence s’épuiserait en vain à vouloir les comprendre. On croit ou on ne croit pas.
Certes, ceci ne doit pas nous faire dire qu’il est impossible de rien comprendre. Ce que nous savons, c’est que plus on s’élève, plus les notions deviennent floues et indéfinissables. “Dieu dit qu’il réside dans la brume” [Rois I, 8, 12]. “Les anges vont et viennent en courant comme la fulgurance de l’éclair” [Ézéchiel 1, 14]. “Ne cherche pas à connaître ce qui dépasse ton entendement, ne va pas creuser ce qui ne t’est pas accessible, médite ce qui est dans ton domaine, tu n’as rien à faire dans les secrets” [Haguiga 13a, au nom du Séfer Hayétsira]. Même le Ari zal admet parfois qu’à partir d’un certain point il n’est plus autorisé à parler ni à réfléchir. Au-delà de ce point, le questionnement lui-même devient une hérésie et une stupidité.
Mais il arrive parfois que des questions qui n’ont pas de réponse soient tout de même de bonnes questions. C’est ce qu’écrit le Rav dans Orot Hathora [6, 7] : “Grand est le niveau de Doëg et Ahitofel dans l’interprétation de la Thora, car ils ont spéculé sur une ‘tour qui s’envole dans les airs’. Bien qu’ils ne soient arrivés à aucune conclusion, de toute façon le doute est un début vers des solutions” [et en effet, bien des siècles plus tard les avions sont apparus, et cette ancienne discussion a aidé à trancher des questions qui s’y rapportent].
Il y a deux extrémismes : le premier est une mystique brumeuse qui fait le lit du reniement de la foi [en provoquant une réaction d’un rationalisme excessif] ; le second est une attitude simpliste, qui professe que rien n’existe que ce qu’on peut expliquer , c’est une pensée indigente à laquelle il manque l’essentiel. Nous, nous disons qu’il faut faire résonner les deux ensemble.
Jusqu’à présent, le Rav notre maître a expliqué ce qu’est la droiture comme phénomène particulier, c’était un enseignement descriptif. À partir de maintenant, il va expliquer comment on y parvient, et c’est un enseignement essentiel.
