4.4. La vocation d’Israël en tant que nation


La question revient donc : pour amener la bénédiction sur l’humanité, à quoi bon choisir un peuple entier y-compris les méchants qu’il renferme ? On aurait pu proposer une idée apparemment plus judicieuse : mettre sur pied une association internationale de gens idéalistes, composée d’Avraham notre père et de tous les hommes bons et droits de tous les peuples, qui ensemble agiraient pour le bien de l’humanité. Même maintenant, on pourrait .créer une association de ce genre. Une telle société pourrait avoir un pouvoir extraordinaire. On connaît dans le monde des sociétés supra-nationales qui ont des agences, des fonds et des entreprises en de très nombreux endroits. Ces sociétés ont un grand pouvoir, qui surpasse parfois celui des nations. Il y a même eu des événements politiques qui ont été manipulés par les interventions de sociétés de ce type. S’il en est ainsi, créons une telle société supranationale, dont le but sera de faire progresser le monde du point de vue moral. Parmi les idéalistes il y aura sûrement des riches et des personnes influentes, et par leur coopération ils agiront pour amender l’humanité.

Mais le Maître du monde n’a pas accepté cette idée. Pourquoi ? Parce que former des personnes bonnes et droites, chacune enfermée dans sa tour d’ivoire, ce n’est pas très intelligent. L’intelligence est de former un peuple juste, un peuple agissant à l’intérieur du peuple, qui s’occupe d’industrie, d’agriculture et de commerce, regroupant depuis les couches supérieures de l’intelligentsia la plus relevée jusqu’au prolétariat au plus bas de l’échelle. Voilà ce que nous devons réussir. Un peuple juste, c’est là la difficulté, et c’est la aussi la plus grande sanctification du Nom divin.

Faire un individu juste, quand il est coupé de la société et de l’histoire, c’est aussi une mission honorable et pas facile, mais la plus grande sanctification du Nom ce n’est pas cela, c’est un peuple entier, un public entier, qui marche à la lumière de l’idéal divin. Certes, c’est beaucoup plus compliqué, beaucoup plus difficile, c’est une mission d’autant plus compliquée que la société est plus diversifiée et plus large. Mais la mission est bien celle-ci. C’est cela la nouveauté de la proposition du Maître du monde à Avraham notre père. Jusqu’à l’époque d’Avraham, cette idée était laissée à l’abandon, pourrait-on dire. Dieu s’adressait seulement à des individus sur la base des sept mitsvot des fils de Noah, c’était un appel à être moral lancé à tout individu. Maintenant, avec l’apparition d’Avraham, une ère nouvelle s’ouvre au monde. Avraham a la capacité d’ouvrir une page nouvelle dans l’histoire. Ce n’est pas un hasard, Dieu l’a créé doté de cette capacité. Il s’adresse à lui et lui annonce : “Je ferai de toi une grande nation” [Genèse 12, 2] – tu es la souche d’une grande nation qui sortira de tes reins.

Toute l’humanité est organisée sous forme de peuples. Il faut donc rendre saints les cadres de vie nationaux, et pas seulement la vie des individus, car nous vivons en tant que peuples. Il est vrai qu’au début de l’humanité, il y avait des familles et des tribus, et c’est par un processus évolutif particulier, décrit dans la paracha de Noah, que les peuples ont été créés. La chose ne s’est pas faite en un seul laps de temps. Il y a des peuples qui se sont formés seulement dans les dernières générations, comme les Italiens et les Allemands, dont les peuples se sont singularisés il n’y a pas très longtemps. Mais quoi qu’il en soit, dans la réalité la vie de l’homme dans le monde est structurée sous forme de peuples. Nous ne laissons pas de côté la construction de la vie nationale. C’est ainsi que Dieu dit à Avraham : “Je ferai de toi une grande nation”, un grand peuple. L’édification du peuple d’Israël apportera la bénédiction au monde entier.


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