3. « Quand nous analysons sa situation de l’intérieur »

Comment analyser la situation de la génération “de l’intérieur” ? Outre ses qualités intellectuelles, le Rav était aussi doué d’une inspiration sainte [‘Rouah Hakodech’], grâce à laquelle il voyait la grandeur cachée de la génération. C’est pourquoi, quand il dit que c’est comme cela, c’est comme cela ! Mais nous voudrions tout de même comprendre, sans recourir au Rouah Hakodech, de quelle manière c’est bien la situation de la génération.

Quelle est la preuve de sa grandeur ? – le don de soi. Nous voyons des hommes dépourvus de toute pratique religieuse qui vont à l’armée et se font tuer. Et ils n’y vont pas seulement par obligation, mais ils se portent volontaires. Ils viennent même de l’étranger pour servir dans les unités spéciales de Tsahal. Cela correspond-il au profil d’une génération médiocre ? Les forces cachées d’un homme se révèlent au moment où il faut offrir sa vie. Cette idée est développée dans de nombreux livres, et notamment dans le Tania“Car pour Toi nous avons été tués tout le jour” [Psaumes 44, 23]. Même des Juifs parmi les plus simples, quand on a voulu les obliger à se prosterner devant la croix, ont préféré être brûlés vifs plutôt que de se prosterner, de manière semblable aux histoires anciennes de notre peuple telles que celles de Yakoum de Tserorot, et celle de Yossef Mechita, rapportées dans le Midrach Berechit Rabba [65, 22], dans lesquelles la foi se révèle à l’heure de l’épreuve. On raconte que pendant la Shoah, les nazis attrapèrent un Juif qui leur dit : “Que voulez-vous que je fasse ? Je méprise les Juifs !” – Ils lui dirent : “Alors, voici un Séfer Thora, piétine-le !” – Il répondit : “Cela, je ne peux pas le faire”, et ils le tuèrent.

Il y a des moments où se révèle la force intérieure. On peut aujourd’hui en donner une illustration scientifique : il se trouve dans le monde de la matière privée d’énergie et de mouvement, comme ces gens fatigués qui n’ont la force ni d’étudier la Thora ni d’accomplir les mitsvot ; et il se trouve d’autre part une force qu’on appelle l’énergie nucléaire, intrinsèque à la matière elle-même, et dont la puissance dépasse de beaucoup celle de l’énergie ordinaire. Telles sont les forces cachées qui soudain se dévoilent. Le don de soi est semblable à une bombe atomique, et l’auteur du Tania explique comment on peut transformer une bombe atomique en réacteur nucléaire. En vérité, qu’est-ce qui est le plus difficile, se lever le matin pour la prière, ou mourir pour sanctifier le Nom divin ? – se lever le matin pour la prière. Et pourquoi es-tu prêt à mourir pour sanctifier le Nom divin et pas à te lever pour la prière ? – Parce que tu as en toi une bombe atomique, mais pas de réacteur nucléaire.