Note MHD 2.66 – Trois pôles dans la révolution de la pensée

Des changements majeurs ont eu lieu dans la pensée, entraînant des bouleversements qui ont causé la perte de la foi. Trois changements essentiels se sont produits dans la pensée humaine : par rapport au fonctionnement social, à la vision du monde et au concept de l’évolution, et tous les trois ont provoqué un éloignement de la foi [Orot Hakodech II, pp. 538-539].

1. Par rapport au fonctionnement social 

Auparavant, la société était divisée en petits compartiments, et l’homme ne connaissait que la tradition et la culture de son environnement proche. Avec la chute des barrières culturelles qui séparaient les peuples, il fit la connaissance d’autres pensées et d’autres avis, souvent opposés aux siens, dans toutes sortes de domaines. Il est évident que cela provoqua une grande perplexité. Auparavant, il ne venait à l’esprit d’aucun homme qu’on puisse penser différemment de lui. Et maintenant il voyait que la réalité ne correspondait pas à ce qu’il pensait. Il y avait manifestement un puissant pouvoir de création dans la pensée humaine, et ce constat ébranla la vigueur de toutes ses croyances.

“Chaque communauté, chaque collectivité était repliée sur son domaine. Un individu ne pouvait découvrir que ce qui était dans son milieu proche, et chaque personne, chaque communauté, croyaient naïvement que le grand monde se réduisait à leur propre environnement spirituel et matériel… Avec le temps, cette vision des choses changea complètement… Au sein du public tout entier… chaque individu ressentait… qu’il exerçait une influence, et qu’il était lui-même influencé par de nombreux milieux… différents, et même étrangers… La confusion grandit, et avec elle le besoin d’apprendre comment mettre en ordre une situation riche de diversité… comment maintenir en l’état tout le bien qu’il y a dans la spiritualité… et comment ne puiser dans tout que le bien et la vérité, que ce qui est honnête et adéquat. Ce besoin-là a pris des proportions immenses, et il n’est possible de le satisfaire qu’en donnant un grand retentissement à l’explication des notions spirituelles les plus profondes et les plus authentiques… en formant un grand nombre de dirigeants spirituels de valeur, ayant toutes les qualités requises…” [Ibid. pp. 539-541]. 

2. Par rapport à la vision du monde 

Auparavant, l’homme pensait que le globe terrestre était le centre de tout, et qu’autour de lui tournaient des corps célestes de petite dimension. Quant à l’homme, il était le centre du monde, et tous ses actes avaient par conséquent la plus grande importance. Avec le développement de la science, il s’avéra que les choses n’étaient pas ainsi, que le globe terrestre n’était qu’un élément minuscule d’une galaxie géante, où l’homme n’avait pas la taille d’un grain de poussière. Cette petitesse de nos dimensions physiques porta à penser que notre foi et nos actions étaient dépourvues de valeur :

“La conception cosmologique, elle aussi, amena un changement majeur dans le fonctionnement spirituel. Les idées qui émanaient de la description réductrice de l’univers… allaient de pair avec une pensée étriquée, réduite à un milieu social étroit. Une nouvelle mentalité universelle découlait de la généralisation de la démarche scientifique, qui consistait à caractériser les perceptions subjectives par l’analyse objective des données perceptibles – autrement dit : la démarche empirique. Cette nouvelle manière de penser, en se répandant dans le public, devait forcément provoquer un renouvellement fondamental du monde spirituel, et de toutes les idées qui s’y rattachent. Un haut niveau d’études était nécessaire pour savoir comment mettre tout cela en place… dans la continuité la plus réussie avec tout le bien fondamental qu’il y avait dans l’ancien” [Ibid. p. 541]. 

3. Par rapport au concept de l’évolution

Avant que soit découverte la théorie de l’évolution, on pensait que tout homme était né d’un homme qui l’avait précédé depuis Adam qui, lui, avait été formé d’un seul coup dans son moule. Et voilà que la théorie de l’évolution prétendait que l’homme descendait du singe… Cette découverte amena elle aussi une dévalorisation des croyances humaines.

En fin de compte, comment pouvons-nous être sûrs de ce que nous croyons ? Si le singe avait une intelligence, y serions-nous sérieusement apparentés ? Le public s’était habitué à une conception de la vie selon laquelle tout est formé d’emblée comme une entité achevée, et ne pouvait pas concevoir l’idée d’un processus de développement qui explique comment les espèces dérivent l’une de l’autre de manière progressive.

Le Rav notre maître explique :

“Le mode de pensée évolutionniste… a réalisé un grand chamboulement… Le public ne s’était pas habitué à l’idée de l’évolution dans toute sa dimension, et il était incapable de la concilier avec son monde spirituel… Comment accommoder la cohérence spirituelle de tout son système de pensée, qui tenait par la notion de soudaineté et de bond, ce qui lui évitait de s’égarer dans ce qui était loin de ses repères ?… L’époque exige de diffuser la connaissance, et la connaissance du meilleur niveau… Il est impossible à la forme grossière de la foi… de tenir bon” [Ibid. pp. 541-542].