7. Toutes les questions sur la Divinité sont des remises en cause personnelles

Très souvent, les gens demandent : “Pourquoi Hachem agit-Il comme cela ?”. En fait, avant de leur répondre il faut comprendre leur question. Il y a deux sens au mot ‘pourquoi’ (voir dans ‘Émounot Védéot’ du Rav Saadia Gaon, le commentaire de ‘Chevilé Émouna’ à la fin du premier article). Nous allons l’expliquer ici de façon imagée.

Pourquoi le Ramhal écrivit-il Messilat Yécharim ? C’est expliqué au début du livre : parce qu’il y a des gens qui n’étudient pas le moussar. Et pourquoi Rabbi Yéhochoua Yaakov Falk écrivit-il son livre Pné Yéhochoua ? Parce qu’il fit le vœu que s’il sortait vivant des décombres du tremblement de terre où il était enseveli (le tremblement de terre de Lviv en Ukraine, en 1843), il écrirait un livre où il résoudrait toutes les questions des Tossafot sur Rachi. La raison pour laquelle le Ramhal écrivit Messilat Yécharim est-elle de même nature que celle qui a conduit Rabbi Yéhochoua Falk a écrit Pné Yéhochoua ? Évidemment non. Si je ne connais pas la raison du Ramhal, tout le bénéfice de son livre risque de m’échapper ; mais si je ne sais pas pourquoi Pné Yéhochoua a été écrit, je ne manquerai de rien pour comprendre le livre. En d’autres termes, l’auteur a été amené à écrire son livre, d’un côté pour une raison personnelle, et de l’autre côté pour une raison concernant le lecteur.

Si maintenant je pose une question de émouna telle que : “pourquoi le monde a-t-il été créé ?”“pourquoi y a-t-il du mal dans le monde ?”“quel est le rôle des mitsvot ?” – mon intention est-elle de demander : “quelles sont les motifs psychologiques qui ont amené Hachem à faire cela ?” Dans ces questions, le ‘pourquoi’ est de même nature que celui du Pné Yéhochoua, et elles n’ont ici aucune valeur. Elles sont même un reniement de la foi. La manière dont nous devons nous interroger est la suivante : “Pour servir Dieu, quelles conclusions devons-nous tirer pour nous-mêmes de ce que le monde existe, de ce qu’il existe du mal dans le monde, de ce qu’il existe des mitsvot”. Dans ces questions, le ‘pourquoi’ est de même nature que celui de Messilat Yécharim.

C’est aussi ce qu’écrit Rabbi Haïm de Volojine dans son livre Néfech Hahaïm [troisième section] : toutes les questions concernant le Saint-Béni-Soit-Il nous remettent en cause nous, et pas Lui ! En ce qui concerne Hachem, nous ne connaissons sa volonté que dans son expression la plus simple : c’est ainsi qu’Il veut que nous le servions.

Le problème, c’est que même si cette réponse est la plus exacte et la plus élevée, il est impossible de répondre ainsi à la génération, car elle n’en sera pas satisfaite. La génération a besoin de réponses plus modestes, qui trouvent leur place dans sa compréhension du moment. Le Rav notre maître témoigne sur lui-même : “Je suis obligé d’étouffer ma voix, et de faire des remontrances au sujet du Chabbat sans aborder sa valeur véritable, qui est au-delà de toute discussion”.